Comment les mandats de perquisition inversée menacent la vie privée sur Google
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Plusieurs tendances se dessinent dans la manière dont les forces de l’ordre mènent leurs enquêtes numériques ces dernières années. Parmi elles, l’utilisation croissante des mandats de perquisition inversée, particulièrement marquée au Minnesota. Voici ce que l’on observe :
- Les demandes de mandats de perquisition se multiplient, signe d’une évolution profonde des pratiques policières.
- Au Minnesota, le recours aux mandats de perquisition inversée ne cesse d’augmenter, posant de sérieuses questions sur le respect de la vie privée.
- Ces mandats visent souvent Google, à qui l’on réclame parfois d’énormes volumes de données pour tenter d’élucider des affaires criminelles.
Depuis août 2018, au moins 22 mandats de ce type ont été délivrés dans l’État. Un récent rapport de Nouvelles MPR examine en détail cette nouvelle méthode employée par la police locale : demander à la justice des accès à grande échelle à des données anonymes, dans l’espoir de remonter la piste de suspects à partir de la masse, et non l’inverse. Ce virage inquiète, tant il bouleverse l’équilibre entre efficacité policière et respect des libertés individuelles.
Habituellement, un mandat de perquisition cible un individu clairement identifié, sur la base d’éléments concrets. Ici, la logique s’inverse : les forces de l’ordre réclament à Google la compilation de toutes les données de localisation enregistrées sur une zone et une période précises. Grâce à cette collecte, les enquêteurs cherchent des anomalies, des allers-retours inhabituels, pour ensuite affiner leur recherche et, peut-être, désigner un suspect.
Ce choix de viser principalement Google ne doit rien au hasard. La firme, via nos smartphones, détient un gigantesque répertoire de données de localisation, véritable mine d’informations pour qui souhaite retracer des déplacements ou des comportements.
L’un des dossiers les plus parlants concerne une affaire de cambriolage et d’intrusion dans une maison du Minnesota. Pour progresser, la police a sollicité un mandat couvrant une période de six heures et plusieurs kilomètres carrés autour du domicile visé. Mais elle ne s’est pas arrêtée là : une seconde requête visait une fenêtre de 33 heures dans le secteur d’un supermarché appartenant aux victimes, en plein centre urbain. Google, sollicité, a transmis des données anonymisées, mais le volume reste opaque. On parle sans doute de milliers, voire de centaines de milliers de points de géolocalisation associant potentiellement des milliers de personnes à la scène de l’enquête.
Le chiffre exact demeure inconnu, mais le mode opératoire est limpide : Google fournit la matière brute, toutes les traces numériques laissées par les utilisateurs dans la zone concernée, et la police passe au crible les informations pour repérer d’éventuels suspects.
Dans ce cas, la méthode a permis d’isoler un téléphone situé à proximité du domicile lors de l’infraction, puis de le voir s’éloigner peu avant l’appel d’urgence. Ce simple faisceau d’indices a suffi à faire du propriétaire du mobile un suspect potentiel.
Mais l’anonymat imposé par Google complique la tâche : pour mettre un nom sur ce téléphone, la police doit présenter une demande supplémentaire, obtenir un second mandat, et seulement après, accéder à l’identité derrière le signal détecté.
En tout, ce scénario s’est déjà répété 22 fois au Minnesota depuis 2018, d’après les chiffres avancés en début d’article.
Il suffit d’un pas de côté pour mesurer la portée de ces méthodes. Imaginons : un voisin, debout dans son jardin, à la mauvaise heure et au mauvais endroit. Peut-être a-t-il entendu un bruit étrange, s’est approché, puis est rentré chez lui sans rien voir de notable. Son téléphone, capté par l’algorithme, le propulse dans la boucle des suspects. La police pourrait alors l’interroger, archiver son identité, voire l’inclure à tort dans ses fichiers. Une simple présence dans une zone couverte par le mandat suffit à bouleverser une existence ordinaire.
Ce scénario n’a rien de purement théorique. Il illustre la ligne ténue entre efficacité policière et dérives possibles, où l’innocence peut vite devenir suspecte.
Nouvelles MPR
Autre point soulevé par MPR News : la difficulté, pour les juges, d’appréhender l’étendue de ces mandats. Dans une affaire, la police n’a fourni que des coordonnées GPS, sans carte visuelle. Difficile, dans ces conditions, de mesurer l’ampleur du périmètre concerné. Si un plan avait accompagné la demande, le juge aurait sans doute mieux perçu l’ampleur de la collecte. Là, la décision d’autoriser l’accès à ces données s’est prise en dix minutes, presque machinalement.
Paradoxalement, dans ce même dossier, la police disposait déjà d’éléments solides grâce à des descriptions de véhicules et à un informateur. Les données fournies par Google n’étaient donc pas absolument nécessaires pour avancer, mais elles pouvaient servir à étoffer le dossier, voire à relier les suspects à d’autres faits dans la région.
La question reste entière : faut-il accepter une surveillance diffuse au nom de la sécurité, ou refuser que nos vies numériques deviennent la matière première d’investigations à large spectre ? Les mandats de perquisition inversée balaient large, parfois trop large, et laissent en suspens la promesse de la vie privée. À chacun de mesurer le prix à payer pour une enquête plus efficace.
SUIVANT : La nouvelle politique de permissions de Google pourrait paralyser l’application de sécurité populaire des travailleuses et travailleurs sexuels