Chômage après 55 ans : quelles sont vos options réelles ?
Le chômage après 55 ans n’a rien d’une parenthèse anodine : c’est une réalité qui bouleverse des milliers de trajectoires, sans prévenir ni ménager. Face à la perte d’un emploi, les repères vacillent et les perspectives se brouillent, surtout pour celles et ceux qui approchent du cap de la retraite. Pourtant, le système prévoit des mécanismes adaptés à la situation des seniors, même si la navigation reste semée d’embûches.
Comme tout demandeur d’emploi, une personne de plus de 55 ans peut, sous conditions, bénéficier de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE). Mais les règles d’accès et les durées d’indemnisation s’ajustent à l’âge, histoire de tenir compte de la difficulté à rebondir sur le marché du travail. Pour ouvrir ce droit, le dernier poste doit s’être terminé suite à un licenciement (hors motif lié à l’âge), une fin de contrat à durée déterminée, une démission considérée comme légitime, une rupture conventionnelle ou encore une démarche de reconversion professionnelle, conformément à l’article L.54221-1 du Code du travail, en vigueur depuis le 1er novembre 2019.
La durée d’activité exigée varie selon l’âge au moment de la demande. Entre 50 et 52 ans, il faut avoir travaillé 6 mois durant les 24 mois précédant l’inscription. À partir de 53 ans, c’est sur les 36 derniers mois que l’on compte : 6 mois d’activité sur cette période ouvrent la porte à l’ARE.
Pour éclairer les différentes possibilités, voici comment évolue la durée maximale d’indemnisation selon les tranches d’âge :
- De 50 à 52 ans, la durée d’indemnisation ne peut dépasser 24 mois.
- Entre 53 et 54 ans, le plafond grimpe à 30 mois (et peut s’étendre de 6 mois supplémentaires en cas de formation).
- À partir de 55 ans, l’indemnisation peut courir jusqu’à 36 mois.
Ceux qui approchent de la soixantaine, et notamment les cadres dont la rémunération dépasse 4 500 euros bruts mensuels, échappent à la réduction de 30% de l’allocation après 6 mois, une mesure qui touche désormais nombre de demandeurs d’emploi hautement qualifiés. Le montant de l’allocation reste donc stable, même après un certain temps d’indemnisation.
Maintien des droits
Passé un certain âge, retrouver un emploi stable devient une gageure. Beaucoup de cadres et de salariés expérimentés voient alors se dessiner un sas entre la période de chômage et l’ouverture des droits à la retraite. Comment se passe ce passage de relais ?
Si la personne perçoit toujours l’ARE au moment où elle peut prétendre à la retraite à taux plein (c’est-à-dire avec le nombre de trimestres requis), elle a la possibilité de solliciter la liquidation de sa pension, même si elle n’a pas épuisé ses 36 mois d’indemnisation. L’assurance chômage prend le relais pour le versement, mais il faudra déposer une demande formelle auprès des organismes de retraite pour enclencher le versement de la pension.
Une autre situation se présente : à 62 ans, si les droits à l’ARE sont épuisés avant de pouvoir toucher la retraite à taux plein, il existe un maintien du versement des allocations, sous réserve de remplir certains critères. Ce maintien est envisageable uniquement si :
- la personne a atteint 62 ans,
- elle perçoit l’ARE depuis au moins un an,
- elle a validé au moins 100 trimestres pour la retraite,
- elle est affiliée à l’assurance chômage depuis au moins 12 ans,
- et elle peut justifier d’au moins une année complète, ou deux années discontinues, d’activité salariée durant les cinq dernières années.
En revanche, se retrouver au chômage avant 59 ans et ne pas pouvoir bénéficier de 36 mois d’indemnisation à 62 ans complique sérieusement la donne. Il faut alors composer avec une longue période sans revenus, situation qui pousse souvent à envisager une reprise d’activité partielle, ou à jongler entre petits boulots et indemnités pour prolonger ses droits et engranger de nouveaux trimestres.
Qu’en est-il de la cotisation de retraite ?
Le passage par le chômage n’efface pas les droits à la retraite. Les périodes indemnisées comptent dans le calcul : jusqu’à quatre trimestres par an peuvent ainsi être validés. Ce principe s’applique aussi bien au régime général qu’aux régimes complémentaires. Pour chaque trimestre, 50 jours indemnisés suffisent. Les droits complémentaires, notamment auprès de l’AGIRC-ARRCO, se calculent selon un système de points, prenant pour base un salaire journalier de référence (plafonné à quatre fois le plafond annuel de la sécurité sociale, soit, pour 2020, 164 544 euros).
Les personnes de plus de 55 ans, privées d’emploi et non indemnisées, peuvent tout de même valider jusqu’à 20 trimestres pour la retraite, à condition d’avoir cotisé durant au moins 20 ans au régime de base. Mais il faut garder à l’esprit que le montant de l’ARE n’entre pas dans le calcul de la pension de retraite.
Le chômage passé 55 ans n’est pas une impasse, mais un virage délicat, où chaque choix compte. Entre maintien des droits, cumul emploi-indemnités et anticipation de ses trimestres, il s’agit d’ouvrir les yeux sur toutes les options possibles pour que cette étape ne se résume pas à une parenthèse de solitude ou de découragement. Au bout du chemin, il y a toujours une passerelle à construire, parfois inattendue, parfois discrète, mais jamais hors de portée.