La compagne d’Élie Semoun : qui partage sa vie aujourd’hui ?
Ce n’est pas tous les jours qu’on gravit les marches de la Brasserie Barbès pour croiser Élie Semoun, accompagné d’un certain Yan Céh, plume affutée des magazines branchés, dont Technikart. L’improvisation s’invite : Yan prend le micro pour une interview à deux voix. Gare aux étincelles.
Laurence Rémila : Avant notre rendez-vous, on a vu circuler sur Instagram des comptes qui reprennent vos « petites annonces ».Élie Semoun : Oui, je constate quel effet elles ont eu, ça me fait sourire. Je reçois parfois des messages de femmes qui racontent comment, adolescentes, elles rejouaient ces sketches, déguisements compris. Même chez mes collègues humoristes plus jeunes, je vois l’empreinte. Parfois, j’ai l’impression d’être le Bescherelle du rire : leurs repères, c’est ce que j’ai fait avec Dieudo et ces fameuses annonces. Yan Céh : J’espère un jour… Ah, non, pas la rengaine « Reviens avec Dieudo ! »
Y.C. : Non, juste laisser le temps aux excuses ! Mais on a déjà tourné la question dans tous les sens…
Y.C. : On sent, dans toute l’histoire Dieudonné, que ton affection pour lui reste malgré tout ce qu’il a pu faire. J’ai beaucoup d’attachement, c’est vrai, mais il y a des limites qui ne s’effacent pas. Ce qui est cocasse, c’est qu’il m’a déjà proposé de refaire équipe…
Y.C. : Il ose tout, il t’a proposé ça ? Je lui ai répondu : « Mais Dieudo, tu te rends compte que je vais me faire dézinguer par tout le monde ! » Et lui, imperturbable : « Mais tu sais, avec Alain Soral je vais aussi faire du bruit. » (Rires.) Là, je me suis dit qu’on touchait l’absurde. (Silence.) J’ignore s’il réalise l’impact qu’il a sur une partie du public. Il a une influence. C’est la rançon de la notoriété, il a une responsabilité comme toute figure publique…
L.R. : J’ai un vieux grief contre toi. Je t’ai attendu à la Foire du Livre en 2000, pour une séance autour de ton recueil de poèmes, et tu n’es jamais venu. Vraiment ? Ça m’étonne. Pas le souvenir d’avoir fait faux bond, surtout il y a dix-huit ans ! Je suis du genre à arriver à l’heure, presque à la minute près…
L.R. : Un caprice de vedette ? Non ! En vingt-cinq ans, jamais je n’ai séché un spectacle ou failli à un engagement professionnel.
Y.C. : Pourtant, même les artistes ont parfois des jours sans, non ? Peut-être, mais ce jour-là, ce n’était pas le cas. Je m’excuse si tu as attendu.
Y.C. : Une anecdote : il y a quelques années, au Cap Ferret, je t’ai vu t’énerver pour une table au restaurant. Je crois que tu fais erreur ! Tu es sûr que c’était moi ?
Y.C. : J’ai pensé qu’il y avait une raison… Mais laisse-moi finir ! Ce n’est pas moi, je ne corresponds pas à ce cliché de la star capricieuse. Je ne bois pas, je ne prends pas de substances, pas de colère, pas de coups de poing sur la table pour exiger ce que je veux… Bref, tu me cites deux histoires qui ne me ressemblent pas…

Y.C. : Ça peut arriver à tout le monde, non ? Franchement, je ne sais pas quoi dire, c’est étrange.
L.R. : Passons à l’actualité : tu sors un nouvel album jazz crooner. Oui, c’est le troisième déjà.
L.R. : Sur le premier, tu avais collaboré avec Henri Salvador. J’ai écrit les paroles, lui la musique.
L.R. : On lit souvent des choses dures sur Salvador (Biolay l’a même traité « d’escroc » dans nos pages). Tu as une anecdote positive à partager sur lui ?Y.C. : Ou à l’inverse, une critique ?L.R. (à Y.C.) : Yan, je pose mes questions, tu auras ton tour ! C’est vraiment un duo, ce format ? Qui prend la parole, qui coupe l’autre ? (Rires.) Bon, je vais fumer une cigarette…
Y.C. : Je peux aller t’en chercher. Tu ferais ça ? Merci ! … On entend beaucoup de choses sur Salvador, mais j’ai eu la chance de le rencontrer dans des moments simples. Une fois, je chantais au Petit Journal, il s’est pointé pour m’écouter. J’ai repris « Syracuse » devant lui, j’étais mort de trac. Salvador, c’est la bossa, la légende ! Finalement, il a été bienveillant, m’a prodigué des conseils : être habité, s’approcher du micro, jouer comme si je parlais à l’oreille d’une femme. Il pouvait être dur selon les dires, mais avec moi, il a toujours été chaleureux.
L.R. : Heureux d’apprendre qu’il avait ce côté-là. Il m’aimait bien. Il est venu me voir à l’Olympia. Pour moi, les modèles, ce sont Bourvil, Fernandel, Salvador. Il savait être drôle, faire des sketchs, passer de la scène à la télévision… Après l’Olympia, il m’a dit : « Mon pote, tente les deux, chanson et humour ! » J’ai essayé, mais ça ne prend pas : on enferme le public dans un entre-deux.
L.R. : Pourtant, Dean Martin ajoutait de l’humour entre deux chansons. J’ai un univers trop sombre… Dans mon dernier spectacle, j’incarne un pédophile, un djihadiste, un type du Front National : c’est l’hémorragie ! Mon pédophile lance : « Je reviens de Thaïlande, la région ne m’intéresse pas trop, c’est d’autres relations que je cherche… » Je ne me vois pas enchaîner ça et deux secondes plus tard entonner « Ce soir, je voulais t’écrire… » (Rires).
L.R. : En plus de l’album jazzy, tu publies un livre sur le jardinage, ta seconde passion. Oui. Depuis l’achat de ma maison en banlieue parisienne, il y a quinze ans, je me suis pris de fascination pour les plantes. Le jardinage, c’est de la création, comme l’art. Mon terrain, c’est une feuille blanche : je déplace, je réorganise, j’ai mis des ruches ici, des hortensias là… Maintenant, il n’y a plus trop de place.
L.R. : D’ailleurs, j’ai des soucis avec mes hortensias (notre éditeur est obsédé depuis qu’il a son jardin, Ed.). Ah ? Il n’aurait pas fallu le mettre à l’ombre.
L.R. : Il est sous le cerisier. Tu n’as pas mis de terre de bruyère ?
L.R. : Non, aucune. Mauvais choix. (Rires.) Et il faut arroser généreusement. Bon, on peut passer à l’album ?
Pelouse interdite (éditions Ulmer, 192 pages, 19.90€) Les mots dans l’air (Naïve Jazz-Naïve)
Entretien : Laurence Rémila & Yan Céh. Photos : Pascal Ito & Axelle Gobert Ulmer.