L’épouse d’Éric Carrière : ce que l’on sait sur sa vie privée
Un comédien qui s’affiche docteur en sociologie, voilà de quoi faire lever un sourcil à plus d’un spectateur. Éric Carrière, visage incontournable des Chevaliers du Fiel, occupe les planches depuis des années et cultive une double identité : humoriste à succès et, selon ses dires, titulaire d’un doctorat en sociologie. L’homme aime rappeler ce parcours atypique, que ce soit dans la presse ou à la télévision, tout en dédramatisant l’affaire d’un trait d’humour. « Oui, vous savez, c’était juste une thèse ! » plaisante-t-il, provoquant à chaque fois le même mélange d’admiration et d’incrédulité. Mais derrière la blague, la sociologie reste cantonnée à un rôle d’option par défaut, de discipline peu prise au sérieux, souvent relayée à la marge par les uns, moquée par les autres.
Une thèse acquise presque par accident ?
Lorsqu’il s’est confié sur le plateau de « Folie passagère » le 20 avril 2016, l’échange n’a pas manqué de piquant. Frédéric Lopez reçoit alors les Chevaliers du Fiel et d’autres invités. Le passé universitaire d’Éric Carrière intrigue. L’animateur amorce : « Vous avez entamé des études de sociologie, un vrai détour pour un humoriste ! » Et Carrière de raconter, sans détour, sa crise d’adolescence, le départ impulsif pour l’usine, la réaction paternelle (« Je connais des gens, tu vas bosser »), puis le retour express à la case université. « La seule filière disponible, c’était la sociologie. J’ai dit ok, mets-moi là », résume-t-il, sourire aux lèvres. Le choix n’a rien de vocation. La conversation se poursuit : « Mais vous êtes allé jusqu’au doctorat ! » relance Lopez. Carrière confirme, goguenard, sous les applaudissements. Son compère Francis Ginibre ajoute : « C’est le décalage qui fait tout. »
Cette séquence amuse et interroge. La sociologie, présentée comme une voie de garage, devient l’illustration parfaite de l’orientation par défaut. Nicole Ferroni, invitée elle aussi, s’étonne : « Faire un doctorat par inadvertance, c’est rare… » Carrière explique alors, toujours sur le ton de la dérision : « Une fois engagé, d’année en année, on se retrouve embarqué, et on finit par décrocher le diplôme. » Ginibre précise le contexte universitaire de l’époque, à Toulouse-le-Mirail, où la vie étudiante était aussi animée en dehors qu’en cours. Carrière conclut sur un aveu : « Plus les années passent, plus c’est théorique. J’étais meilleur à parler dans le vide en quatrième ou cinquième année qu’au début, où il fallait apprendre les cours ! » L’humour n’efface pas tout : « Les sociologues vont me détester », reconnaît-il dans un éclat de rire collectif.
Au fond, Carrière ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il désamorce l’admiration en relativisant son savoir. Mais la fascination demeure, le débat retombe, chacun retourne à ses anecdotes. Rideau.
Des études « dans la marge »… mais où est la thèse ?
Face à la curiosité suscitée par ce parcours, l’Association Française de Sociologie s’est penchée sur la question. Après tout, un humoriste sociologue, ça intrigue. Mais l’enquête patine très vite. Impossible de joindre Éric Carrière par les réseaux sociaux officiels, aucun retour à nos sollicitations. Il a donc fallu se tourner vers les archives publiques.
Les recherches s’accélèrent, le doute s’installe. Sur les bases de données universitaires, Dossier Central des Thèses, Système de Documentation Universitaire, catalogue de la Bibliothèque Universitaire de Toulouse, aucune trace d’un doctorat soutenu par Éric Carrière. Les services de la BU confirment : pas de dépôt de thèse, rien dans les archives. Un doctorat fantôme. En revanche, le catalogue atteste qu’en 1980, Carrière a soutenu une maîtrise en sociologie (devenue aujourd’hui un Master 1), en collaboration avec Danielle Carrau et sous la direction de Raymond Ledrut. Sujet : « Étudiants dans la marge ». Pas de doctorat, mais un parcours universitaire réel et documenté.
En croisant toutes ces sources, le constat s’impose : Éric Carrière a décroché une maîtrise, mais le titre de docteur ne trouve aucun fondement vérifiable. Peut-on mettre cette confusion sur le compte d’un lointain souvenir des années 1980 ? Peut-être, mais l’argument tient difficilement. Ceux qui ont soutenu une thèse savent combien ce moment s’imprime dans la mémoire : des années d’efforts qui s’achèvent par un rituel exigeant, inoubliable. Confondre une maîtrise et un doctorat lorsque l’on a fréquenté l’université pendant des années relève au mieux de l’étourderie, au pire d’une exagération commode.
Pour autant, personne n’accuse ici Éric Carrière de malveillance. Il ne tire aucun profit matériel de cette ambiguïté, et ne met pas en avant ce titre pour vendre ses spectacles. Mais le bénéfice symbolique est bien là. Les journalistes, souvent peu regardants, relayent la version sans vérifier, et l’humoriste se retrouve, volontairement ou non, paré d’une légitimité universitaire supplémentaire.
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Tout cela pourrait prêter à sourire. Éric Carrière joue de l’autodérision, dévalorise son propre cursus, comme tant d’autres diplômés qui ironisent sur leurs études tout en s’en revendiquant. Mais ce cas soulève une question plus large : la catégorie « sociologue » reste floue, souvent attribuée sans rigueur dans l’espace public. Les raccourcis, les malentendus et les plaisanteries contribuent à brouiller la perception de la sociologie elle-même. On est encore loin d’un usage maîtrisé et respecté du titre, et il serait temps que la profession garde un œil attentif sur ces dérives. C’est dans cette optique que le carnet de l’AFS inaugure une rubrique « Observatoire des usages et des abus de la sociologie » : pour suivre ces cas, nourrir la réflexion collective, et peut-être, petit à petit, restaurer la clarté autour de ce métier autant décrié que méconnu.
La rédaction du carnet AFS
Image du bandeau : DR via Ladepeche.fr, 2012.