L’identité de la compagne de Slimane révélée
Dévoiler l’intimité d’un duo qui cartonne, c’est souvent tomber dans la caricature. Pourtant, Vitaa et Slimane s’en échappent avec une aisance naturelle. Leurs voix se mêlent, leurs univers s’entrechoquent : ils en tirent un album de duos, long dialogue né d’une amitié solide, qui vient sceller des années de complicité et de différences assumées.
Leur histoire commune ne date pas d’hier.
Slimane : « À la base, j’avais repris ‘À Fleur de Toi’, la chanson de Vitaa. Nous nous sommes croisés une première fois sur un plateau télé ; le courant passait déjà. Mais c’est sur les fauteuils rouges de The Voice Belgium, en tant que coachs, que tout s’est joué. On a vite compris qu’on pouvait créer ensemble. La chanson ‘Je te le donne’ a marqué un tournant, le public a suivi. À partir de là, l’idée d’un album en duo s’est imposée dans l’équipe. On n’a pas tergiversé. On s’est retrouvé en studio sans trop savoir, et dès la première session, c’était limpide : il fallait y aller. »
Dans « Versus », on devine deux univers qui s’attirent autant qu’ils s’opposent. Le titre évoque un duel, pourtant on y sent une fusion.
Vitaa : « Le mot résume bien l’album : deux mondes qui se font face, mais sans affrontement. C’est le V de Vitaa, le S de Slimane, une alliance plus qu’un choc. »
Le fil rouge, c’est que la vie bouscule, et qu’il faut apprendre à encaisser, à avancer.
Slimane : « On a voulu rester vrais, sans enrober la réalité. Dire que tout va bien serait malhonnête. Les galères, tout le monde en traverse. On ne s’est pas contentés de regarder autour de nous, on a partagé ce qu’on vit, ce qu’on ressent. Même quand c’est sombre, on cherche à apporter une note d’espoir. Le titre ‘Ça va, ça vient’ en est l’exemple parfait. Oui, on doute, on flanche parfois, mais rien n’est figé. On est nostalgiques et mélancoliques, mais on ne lâche pas l’idée d’aller mieux. »
Des regrets, des complexes d’hier… Tout ressurgit dans vos chansons.
Vitaa : « On a mis beaucoup de nous dans cet album, sans filtre. Nos failles, nos doutes, nos complexes, on les partage. On s’est découverts, Slimane et moi, en parlant de nos insécurités, de ce qu’on n’assume pas toujours. Revisiter notre passé, parler des coups durs, c’est aussi dire comment on s’est relevés. »
Et aujourd’hui, votre rapport à l’image reste compliqué ?
Vitaa : « Franchement, poser devant l’objectif, ça reste un casse-tête (rires). On fait un métier d’image, mais ce n’est pas pour ça qu’on a choisi de chanter. J’ai écrit pour le plaisir, je n’imaginais pas les mises en scène, les projecteurs, les photos. On s’adapte, parce qu’on n’a pas le choix. Mais ça amplifie les doutes, surtout quand on ne se sent pas en phase avec soi-même. »
Slimane : « Tout ce discours ambiant sur la confiance en soi et la vie parfaite, c’est souvent factice. Les réseaux sociaux en rajoutent une couche. On tenait à dire les choses telles qu’elles sont : ce que vous voyez n’est pas toujours le reflet de la vérité. On a nos propres complexes, nos souvenirs douloureux. Arrêtons de vendre des paillettes à tout prix. »
Avec “XY”, vous interrogez les stéréotypes imposés par la société.
Slimane : « Je me suis demandé : c’est quoi être un homme aujourd’hui ? Une femme ? On oppose sans cesse les genres, alors que j’ai grandi dans une famille où homme et femme avançaient ensemble, pas face à face. J’aime l’idée du couple, de l’équilibre. Chercher à tout mélanger, à tout uniformiser, c’est parfois contre-productif. Avec Vitaa, malgré nos différences, notre amitié reste saine. On voulait rappeler que l’entente entre un homme et une femme, ça existe, sans arrière-pensée. »
Dans “Comme un film”, le portrait de votre génération sonne juste, et un peu amer.
Slimane : « J’ai l’impression que ma génération n’a pas facilité la tâche à la suivante. Les jeunes d’aujourd’hui, eux, grandissent avec les réseaux, les likes, les codes numériques. À mon époque, on n’avait pas besoin de followers pour exister. Parfois, on se croirait dans un mauvais épisode de “Black Mirror” : le système de notation sociale existe en Chine, il pourrait débarquer ici. Je veux des enfants, mais je m’inquiète du monde qu’on leur prépare. On joue tous le jeu des réseaux, même nous, mais il faut savoir décrocher. J’ai été accro à mon téléphone, aujourd’hui, je veux vivre sans rater l’instant. »
Le morceau “Versus” s’achève sur une référence à Diam’s : “Je vais tout quitter comme Mélanie, elle est en paix. Si vous saviez comme je l’envie.” Ça vous traverse souvent ?
Vitaa : « Oui, ça m’arrive d’y penser. Je l’ai déjà évoqué dans mes textes. Je n’ai jamais cherché la lumière ni la célébrité, mais ça fait partie du lot. Il faut apprendre à se construire en tant que femme, que mère, tout en jonglant avec l’exposition. J’adore écrire, je le fais aussi pour d’autres artistes. Je sais qu’un jour, je passerai le relais. Je laisserai la scène, je mettrai mon énergie à accompagner ceux qui s’y lanceront. »
Pierre Jacobs
Vitaa & Slimane « Versus »