Douze jeunes femmes tuées près de Mâcon, l’enquête s’intensifie
Douze noms, douze destins fauchés dans une poignée de kilomètres autour de Mâcon. Deux d’entre elles venaient de Liège. La liste s’étire comme une blessure ouverte : Sylvie, Christelle, Nathalie, Carole, Christelle, Virginie, Vanessa, Anne-Sophie, Marie-Geneviève, Marthe, Marie-Agnès, Françoise. Toutes jeunes, toutes assassinées dans une même zone, désormais baptisée, sinistrement, le triangle de la mort. Les années passent, la douleur s’accroche. Sur place, le silence de la justice résonne plus fort encore que les cris étouffés des familles.
Le triangle de la mort
Il y a eu un premier crime en 1984. Puis d’autres, jusqu’à faire grimper le compteur à douze, sans qu’aucune arrestation ne vienne interrompre cette série noire. Pas l’ombre d’un coupable, pas le début d’un procès. L’enquête s’est figée, laissant les proches dans l’attente. Une attente interminable, qui mine, qui use.
Face à cette inertie, les familles se sont regroupées. Elles réclament la mise en place d’une cellule d’enquête, espérant que la lumière jaillisse, même après plus de deux décennies d’omerta et d’archives poussiéreuses.
Le témoignage de la mère de Christelle, tuée en 1986 à l’âge de 16 ans, donne le vertige. Sa fille n’est jamais rentrée du collège. On l’a retrouvée dans une cave, frappée de 33 coups de couteau. Dix-neuf ans plus tard, la mère raconte l’épuisement, le combat qu’elle continue pour ses deux autres enfants, le poids d’un meurtre sans visage, l’impossibilité de tourner la page. « Le meurtre de ma fille a détruit ma vie », confie-t-elle au Parisien. Une phrase, et tout s’effondre.
Le dossier, lui, semble condamné au purgatoire des affaires non résolues. Certains prélèvements biologiques, scellés, ont disparu, détruits sous prétexte d’un classement sans suite. L’affaire, pourtant, avait tout pour mobiliser. Mais dans ce coin de France, la justice a préféré enterrer des preuves plutôt que de poursuivre un fantôme. Un gâchis qui n’est pas sans rappeler d’autres erreurs judiciaires, de part et d’autre de la frontière.
Le procureur de Chalon, lui, affirme que « tous les rapprochements utiles ont déjà été faits ». Le parquet de Mâcon évoque de simples « gesticulations d’avocats ». Pourtant, les dysfonctionnements s’accumulent. Les juridictions ne communiquent pas entre elles. L’enquête piétine, à cheval sur deux arrondissements, sans coordination, sans vision d’ensemble. L’avocat des familles parle d’une justice qui travaille « à l’ancienne », incapable d’assurer les rapprochements, détruisant elle-même les scellés et toute chance d’aboutir. Vingt-et-un ans après la disparition des deux jeunes Liégeoises, rien n’a bougé. Le néant. La frustration, elle, grandit.
(29/12/2005) Philippe Boudart via dhnet
Aire d’autoroute maudite
Le tueur, ou les tueurs, n’ont jamais été démasqués. Mais un mode opératoire se dessine : la violence à l’arme blanche, l’isolement des lieux, la brutalité qui s’abat sans prévenir. Les faits parlent d’eux-mêmes :
- 1986 : Christelle Maillery, 16 ans, frappée de 33 coups de couteau.
- 1990 : Carole, 13 ans, poignardée à quatre reprises au thorax.
- 1996 : une autre Christelle, victime de 113 coups de couteau.
À cela s’ajoutent les poignets ligotés sur plusieurs victimes, certaines étranglées à l’aide d’un fil électrique. Les similitudes s’accumulent, comme un puzzle dont il manque toujours la pièce centrale.
L’aire d’autoroute A6, entre Chalon-sur-Saône et Mâcon, est devenue le théâtre de cette série noire. À quinze jours d’intervalle, deux meurtres ont eu lieu à seulement trois kilomètres l’un de l’autre. L’un des visages de cette tragédie, c’est Nathalie Maire, 18 ans, retrouvée le 3 septembre 1987. Elle travaillait sur l’aire, vendait sandwiches et boissons. Des touristes ont entendu des voix, vu un homme prendre la fuite dans une grosse voiture claire. Argent et lunettes sont restés sur place. Le mobile ne ressemble pas à un simple vol.
La jeune femme s’est défendue avec acharnement. Son agresseur a poussé le son de la musique pour masquer la lutte. Un détail glaçant parmi tant d’autres.
Plus troublant encore, Nathalie avait témoigné, deux semaines auparavant, dans l’enquête sur le meurtre de Marthe Buisson, 16 ans, enlevée puis retrouvée morte, crâne fracassé, sur la bande d’arrêt d’urgence, à trois kilomètres de là. Comme un cycle qui se répète, sans que personne ne parvienne à l’arrêter.
Avant ces drames, deux autres jeunes femmes ont survécu de justesse après avoir été agressées sur la même aire d’autoroute. Rouées de coups, laissées pour mortes sous un pont voisin. Des miraculées, passées à un souffle de rejoindre la liste des anonymes du triangle de la mort.
L’assassin court toujours, insaisissable. Les familles, elles, n’effacent rien. Les souvenirs s’accrochent, la colère aussi. L’attente, interminable, continue de creuser son sillon dans la région de Mâcon.
(29/12/2005) Philippe Boudart via dhnet
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