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Siamo tutti antifascisti traduction français : guide pour militants et traducteurs

« Siamo tutti antifascisti » se traduit littéralement par « nous sommes tous antifascistes ». Cette phrase italienne, née dans le contexte des luttes contre le régime mussolinien, dépasse largement le cadre d’une simple traduction mot à mot. Son usage contemporain, des cortèges européens aux réseaux sociaux, pose des questions concrètes aux militants francophones et aux traducteurs professionnels qui doivent restituer sa charge politique sans la neutraliser.

Traduire « siamo tutti antifascisti » en français : le piège de la littéralité

La traduction directe, « nous sommes tous antifascistes », fonctionne sur le plan grammatical. Le pronom « noi » (nous) est implicite dans la conjugaison italienne de « siamo ». « Tutti » correspond à « tous ». « Antifascisti » devient « antifascistes ».

Le problème se situe ailleurs. En italien, cette phrase fonctionne comme un mot d’ordre scandé en manifestation, avec un rythme ternaire (sia-mo-tut-ti / an-ti-fa-scis-ti) qui la rend immédiatement reconnaissable. La version française perd cette cadence. « Nous sommes tous antifascistes » sonne comme une déclaration, pas comme un slogan.

C’est la raison pour laquelle beaucoup de militants francophones conservent la formule en italien dans leurs banderoles et leurs publications. Le maintien de la langue d’origine n’est pas un échec de traduction : c’est un choix politique qui ancre le slogan dans sa généalogie italienne, celle de la Résistance et de la commémoration du 25 avril, date de la Libération en Italie.

Jeune femme militante traduisant seule une phrase italienne antifasciste dans son appartement avec dictionnaire et carnet

Variantes inclusives « tuttx antifascistx » : quel équivalent français

Des formes non binaires du slogan circulent dans les milieux militants italiens. « Siamo tuttx antifascistx » remplace les terminaisons genrées par un « x », procédé graphique qui vise à inclure les personnes non binaires et à marquer l’intersection entre luttes antifascistes et luttes queer.

La revue La Déferlante a consacré un article à cette variante, analysant comment le slogan est devenu un marqueur de luttes intersectionnelles dépassant l’antifascisme historique. Le « x » fonctionne en italien parce que la langue marque systématiquement le genre sur les adjectifs et les pronoms. En français, le problème se pose différemment.

Plusieurs options existent pour les traducteurs et traductrices :

  • Conserver le « x » italien tel quel dans la citation, accompagné d’une note de traduction expliquant le procédé, ce qui préserve l’intention politique sans forcer un calque en français.
  • Adopter l’écriture inclusive française (« nous sommes tou·tes antifascistes ») avec le point médian, ce qui transpose l’intention mais déplace le slogan dans un autre système linguistique et militant.
  • Utiliser une formulation épicène comme « nous sommes antifascistes » (sans « tous »), ce qui élimine la question du genre mais modifie le sens collectif du « tutti » original.

Aucune de ces solutions n’est parfaite. Le choix dépend du contexte éditorial et du public visé. Un tract militant peut se permettre le point médian ; une traduction académique privilégiera la note de bas de page ; un sous-titrage télévisé optera pour la formulation la plus lisible.

Usages médiatiques et juridiques : traduire un slogan dans un contexte institutionnel

Le slogan ne circule pas uniquement dans les cortèges. Il apparaît dans des contextes où la traduction engage des responsabilités différentes. En Italie, l’affaire de la censure de l’écrivain Antonio Scurati sur la RAI, le 25 avril 2024, a replacé la formule au centre du débat public. Scurati devait lire un texte reprochant au gouvernement de Giorgia Meloni de ne jamais prononcer le mot « antifascisme ». Son intervention a été déprogrammée.

Quand des médias francophones couvrent ce type d’événement, la traduction du slogan devient un acte éditorial. Traduire « siamo tutti antifascisti » par « nous sommes tous antifascistes » dans un article de presse factuel ne pose pas de difficulté majeure. En revanche, dans un commentaire ou une tribune, le choix de traduire ou de laisser la formule en italien signale un positionnement.

En Suisse, le slogan antifasciste fait l’objet de débats institutionnels d’un autre ordre : le parlement bernois a engagé des discussions sur l’interdiction de groupements antifascistes, ce qui modifie la portée juridique de la formule. Traduire un slogan qui pourrait être qualifié de marqueur d’appartenance à un mouvement interdit ne relève plus de la stylistique.

Le cas des réseaux sociaux et des publications militantes

Sur les réseaux, le slogan italien est souvent utilisé tel quel, y compris par des comptes francophones. Cette circulation transnationale s’observe dans les publications récentes liées aux mobilisations contre le durcissement des politiques migratoires européennes, notamment autour du « règlement retour » débattu au Parlement européen.

Le slogan sert de formule de ralliement transnational qui n’a pas besoin de traduction pour être compris par son public cible. Les militants qui l’utilisent en français sur Instagram ou Facebook comptent sur la reconnaissance immédiate de la phrase italienne. La traduction, dans ce cas, serait perçue comme une dilution.

Deux militants adultes dans une rue européenne documentant des affiches politiques antifascistes en italien et en français

Guide pratique : choix de traduction selon le support

Pour un traducteur ou une traductrice confronté·e à cette formule, la question n’est pas « comment traduire » mais « faut-il traduire, et si oui, pour qui ».

  • Dans un ouvrage universitaire ou un essai traduit de l’italien, la pratique standard consiste à donner la version originale en italique suivie de la traduction entre parenthèses : « Siamo tutti antifascisti » (« nous sommes tous antifascistes »).
  • Dans un tract, une affiche ou un visuel militant destiné à un public francophone, la formule italienne est souvent maintenue telle quelle, parfois accompagnée d’une traduction en plus petit.
  • Dans un sous-titrage audiovisuel (documentaire, reportage), la traduction directe s’impose pour des raisons de lisibilité, sans note ni glose possible.
  • Dans un article de presse, le choix entre citation originale et traduction dépend de la ligne éditoriale : certaines rédactions imposent la traduction systématique des citations en langue étrangère.

La variante inclusive « tuttx antifascistx » complique chaque scénario. Aucune convention éditoriale francophone ne s’est stabilisée sur la manière de traiter le « x » italien dans une traduction. Les retours terrain divergent sur ce point selon les maisons d’édition et les collectifs militants.

Ce qui distingue cette formule d’un simple exercice de traduction, c’est que son sens politique réside autant dans la langue choisie que dans les mots eux-mêmes. Conserver l’italien, c’est revendiquer une filiation historique. Traduire, c’est élargir le cercle, au risque d’aplatir la référence. Le traducteur, ici, ne peut pas être neutre.