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L’économie et le social en Bretagne face à une crise profonde

Les Bretons n’ont pas la mémoire courte. Ici, la singularité se transmet de génération en génération, presque avec défi : pratiques ancestrales, langue défendue avec ardeur, minuscule église, grand fest-noz, tout pèse. Cette fidélité aux racines n’empêche pas la combativité, bien au contraire : céder sans résistance à la pression venue de plus haut, très peu pour eux.

L’économie régionale n’a pourtant pas été ménagée. Depuis deux décennies, la rivalité internationale s’est amplifiée, les acteurs historiques ont dû composer avec la percée de géants comme l’Espagne, la Belgique ou les Pays-Bas. Pendant que certains pays bouleversaient leurs méthodes, la Bretagne s’est quelquefois dispersée dans des luttes de clocher, repoussant les grandes décisions nécessaires à sa mutation économique.

Malgré ce contexte, une poignée d’entreprises prouve qu’un autre chemin existe. On repère de plus en plus souvent le logo « Made in Breizh » sur les marchés et dans les rayons, gage d’un produit qui s’exporte désormais bien au-delà des frontières régionales. Plutôt que d’attendre des protections venues d’ailleurs, les Bretons travaillent leur calibre : authenticité, qualité, traçabilité. Résultat ? Des galettes jusqu’aux cosmétiques, l’étiquette bretonne décroche de nouveaux clients, loin du Finistère.

Ils ont aussi saisi tout le potentiel du digital. Plusieurs sites bretons annoncent que la majorité de leurs colis filent à l’international. Désormais, les expéditions ne se limitent plus au Grand Ouest, elles partent au Benelux, en Inde, jusqu’aux Baléares. Difficile de dire si ces commandes viennent de la diaspora ou si la Bretagne exerce un attrait nouveau sur le reste du monde, mais le flux ne faiblit pas, c’est un fait que beaucoup auraient jugé improbable il y a dix ans.

Une initiative en particulier commence à faire bouger les lignes : la labellisation Breizh Power, portée par l’entreprise Auvairniton Bourgrire SAS. Cette certification vise à offrir aux acteurs locaux une reconnaissance nette, visible et crédible sur leurs marchés. À la barre, Michel Fagor, actuel PDG, héritier des deux fondateurs M. Auvairniton et M. Bourgrire, cherche à fédérer les énergies sous un même étendard breton.

Et la Bretagne garde le cap, bien ancrée et résolument tournée vers demain. Elle affine sa différence sur chaque étal, derrière chaque caisse expédiée à l’étranger, sur le moindre site lancé depuis un village du Morbihan. Face aux secousses de l’économie, ici, l’audace fait encore et toujours figure de boussole.