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Aider un autiste à traverser une crise sereinement

700 000. Ce n’est pas le nombre d’habitants d’une grande ville, mais celui des personnes concernées par l’autisme en France. Derrière ce chiffre, des vies entières bousculées, des familles qui s’organisent, des adultes qui cherchent leur place, et une société encore trop souvent démunie. Les défis sont concrets, omniprésents. On les affronte, on les contourne, mais on ne les ignore plus.

Qu’est-ce que l’autisme ?

L’autisme bouleverse les capacités à communiquer, à se comporter, à tisser des liens. Ce trouble, regroupé sous l’appellation trouble du spectre autistique (TSA), se manifeste par des intérêts intenses, la répétition de gestes ou de mots, une sensibilité exacerbée (ou atténuée) aux stimulations. Les difficultés touchent aussi bien l’apprentissage que l’expression non verbale, l’accès à la parole ou les relations de tous les jours.

Derrière ces symptômes, il y a une différence dans le développement du cerveau. La génétique intervient, mais aussi des facteurs liés à l’environnement pendant la grossesse, comme certains médicaments, l’exposition à des agents toxiques ou à des infections (rubéole, rougeole…).

En France, 700 000 personnes vivent avec l’autisme, dont 100 000 enfants. On compte un enfant sur cent concerné, et les garçons sont trois fois plus nombreux que les filles. Ni origine sociale, ni culture : l’autisme traverse tous les milieux.

Formes d’autisme et symptômes

L’autisme recouvre des réalités variées. Le syndrome d’Asperger : aucune difficulté de langage ou d’intelligence, mais des échanges sociaux plus complexes et une adaptation qui demande des efforts constants. À côté, le trouble autistique proprement dit rassemble des difficultés marquées dans les interactions, la communication, ou des centres d’intérêt exclusifs. Enfin, le trouble envahissant du développement non spécifié (TED-NS) apparaît plus tardivement, avec des signes atypiques, mais sans schéma dominant.

Chaque personne autiste possède son propre tableau de symptômes, à des degrés divers. Souvent, les relations sociales sont mises à distance : manque d’empathie, difficulté à engager un dialogue, absence de sourire ou de réaction à l’appel de son prénom. Certains s’isolent, d’autres peinent à partager leurs émotions.

La communication reste un défi. Parfois, les mots manquent ou arrivent tard. D’autres répètent sans cesse des phrases entendues, se concentrent sur un sujet unique, ou moduleraient leur voix d’une façon inhabituelle. Les codes non verbaux, expressions du visage, gestes adaptés, semblent inaccessibles.

Le comportement aussi se modifie : un imprévu, une routine brisée, et tout vacille. Agressivité, panique, larmes, voire automutilation peuvent surgir. Les réactions émotionnelles déconcertent, les réponses sensorielles sortent des standards. Certains ne mangent qu’un seul aliment, d’autres cumulent troubles du sommeil, difficultés d’apprentissage, hyperactivité, anxiété, voire épilepsie ou dépression.

Un professionnel ne pose un diagnostic qu’en observant un ensemble de signes persistants, pas sur un détail isolé. Pour qu’il s’agisse d’autisme, il faut repérer un ensemble cohérent de troubles de la communication, des interactions et du comportement.

Environ 70 % des personnes autistes présentent un retard intellectuel, mais 30 % disposent de capacités cognitives élevées, comme les personnes Asperger.

Autisme chez les adultes : des soins trop rares

Contrairement à certaines idées reçues, l’autisme ne disparaît pas avec les années. Les adultes concernés sont bien là : sur les 700 000 personnes autistes recensées en France, seuls 100 000 sont des enfants.

Diagnostiquer un TSA chez l’adulte reste un parcours semé d’embûches. Beaucoup ont appris à masquer leurs difficultés, confondues avec de la réserve ou un humour décalé. Les relations amicales, affectives ou amoureuses s’en ressentent. Adapter sa vie au changement devient un défi permanent.

Souvent, la découverte d’un TSA se fait à l’occasion d’un autre trouble : anxiété, dépression, difficultés d’insertion. L’accompagnement doit conjuguer formation, suivi médical et soutien dans la vie professionnelle ou sociale.

Le manque de solutions tient surtout à l’absence de structures adaptées en France, ce qui oblige de nombreuses familles à chercher des alternatives. Certains adultes autistes vivent à l’hôpital psychiatrique, sous traitement médicamenteux, parfois sans que cela corresponde à leurs besoins. D’autres partent à l’étranger, notamment en Belgique : environ 4 000 Français y sont accueillis dans des établissements spécialisés.

Un plan d’inclusion pour l’autisme

Face à l’urgence, l’État français a lancé une stratégie nationale de lutte contre l’autisme sur quatre ans (2018-2022). Objectif : combler le retard en matière d’accompagnement des adultes autistes et renforcer l’inclusion à l’école, au travail, dans la société.

Cette stratégie repose sur cinq axes prioritaires. Voici les grands chantiers visés :

  • faciliter le diagnostic et la scolarisation des personnes autistes
  • développer une véritable inclusion sociale et professionnelle pour les adultes
  • intervenir dès l’enfance, auprès des enfants qui présentent des différences de développement
  • appuyer la recherche scientifique pour orienter les actions et les décisions
  • donner toute leur place aux familles, reconnaître leur expérience au quotidien

La science éclaire mieux les mécanismes de l’autisme, mais un défi immense demeure : accompagner, tout au long de la vie, celles et ceux qui en ont besoin. Tant que chaque adulte autiste ne pourra pas avancer sereinement dans une société plus ouverte, la bataille pour l’inclusion restera à poursuivre.