Investir dans l’or, un choix toujours pertinent ?
73 % des Français considèrent l’or comme une valeur refuge, selon une enquête Aucofre.com réalisée en 2019. Ce métal fascine, rassure, cristallise les espoirs dans les périodes de tempête économique. Pourtant, au-delà des discours, que vaut vraiment l’idée d’investir dans l’or pour protéger ou dynamiser son épargne ? Regardons les faits.
Investir dans l’or : une attractivité qui ne faiblit pas
L’or s’est hissé au quatrième rang des placements privilégiés par les Français, juste après l’immobilier, l’assurance vie et le compte bancaire classique. Ni réservé à une élite, ni relégué à une poignée d’initiés : tous les milieux, tous les âges jettent un œil attentif au métal jaune. Sans surprise, les ménages les plus aisés (79 %) ou les seniors (82 %) y voient un refuge de choix, mais même les foyers modestes (69 %) et les moins de 50 ans (66 %) ne sous-estiment pas cet atout face aux vents contraires.
Dans cette même enquête, un spectre d’inquiétude flotte : 83 % des répondants se font du souci pour l’économie, 78 % n’espèrent guère mieux pour le futur national. Inévitablement, l’or refait surface, rassure, traverse les générations, se transmet. Près de 3 000 tonnes d’or sommeillent sur le territoire, glissées dans des coffres, cachées au fond d’un tiroir ou léguées sous forme de bijoux, lingots ou pièces anciennes.
Contrairement aux clichés, accéder à l’or ne relève pas du privilège. Dès quelques centaines d’euros, chacun peut commencer : à l’été 2019, un Napoléon coûtait 245 € (pour 6,45 g), un lingot de 50 g affichait 2 060 €, tandis qu’un lingot d’un kilo frôlait les 41 140 €.
L’or, un rempart psychologique plus qu’une manne
Détenir de l’or, c’est posséder un actif palpable, mais ce métal n’offre aucun revenu tant qu’il reste immobilisé. N’attendez ni dividendes, ni intérêts : l’or se tait jusqu’à sa vente.
Cette réserve, cependant, se revend aisément. S’il ne rapporte rien à l’attente, il permet de transformer son épargne en liquidités presque instantanément. Face à l’érosion monétaire, il fonctionne comme une couverture : en cas de revers, il devient cash et rassure dans la tempête.
Comment investir dans l’or ?
Plusieurs pistes existent pour entrer sur le marché de l’or. Un investisseur peut se tourner vers l’or physique ou opter pour l’or papier.
Or physique
Lingots, barres, plaquettes ou pièces : l’or physique, c’est du concret. Pour qu’un achat soit qualifié d’investissement, il faut miser sur de l’or d’au moins 995 ‰ de pureté, et un poids supérieur à un gramme. Plus le lingot ou la pièce est massif, plus le prix du gramme baisse : acheter en gros revient moins cher qu’en fractionné.
Pour les pièces, seules celles frappées après 1800 et d’une pureté minimale de 900 ‰ sont éligibles. Les Napoléons de 20 francs gardent la cote en France, mais la Maple Leaf canadienne ou le Krugerrand sud-africain tirent aussi leur épingle du jeu. Ces pièces bénéficient d’une reconnaissance mondiale et conservent le statut de monnaie légale dans leur pays d’origine, même si le passage en caisse avec un Krugerrand est improbable.
Acquis, l’or physique restera discret, jusqu’au jour d’une éventuelle cession. Son rendement dépend alors du contexte au moment de la revente.
Or papier
Autre approche, l’or papier : certificats indexés sur le cours de l’or, SICAV spécialisées, actions de sociétés minières… L’investisseur ne voit jamais l’ombre d’un lingot, il suit le prix du métal. Ces instruments financiers répliquent les évolutions du marché de l’or mais exposent au risque de marché, voire de défaut si l’émetteur vacille. À chaque souscription, il convient de vérifier attentivement la solidité de la structure et l’existence réelle de contreparties physiques s’il y en a.
S’agissant des sociétés minières, une couche de complexité s’ajoute : réserves, stabilité politique du pays producteur, variations du taux de change… Impossible de s’y aventurer à l’aveugle.
Quel rendement viser avec l’or ?
Des performances imprévisibles
L’or échappe à toute trajectoire rectiligne. Son prix bouge selon l’actualité, le climat géopolitique et la psychologie des marchés. Entre 2000 et 2012, le métal a vu sa valeur multipliée par cinq. Mais rien ne prédit une répétition. En 2018, il encaissait une baisse de 14 %, pour ensuite rebondir de 12 % en quelques mois, avant de reperdre du terrain. Miser sur l’or, c’est accepter ces sautes d’humeur.
Comment est fixé le prix de l’or ?
L’étalon mondial, c’est l’once (31,10 g), encadrée par la London Bullion Market Association (LBMA). Fixation deux fois par jour, 10h30 et 17h30 heure française. Le cours de l’or évolue le plus souvent à l’inverse du dollar, sauf période exceptionelle. Pour ceux qui investissent en euros, ce paramètre peut compliquer les calculs.
Pour les pièces, plus de cotation officielle en France depuis 2004 : ce sont les négociants qui dictent les tarifs, auxquels s’ajoute une « prime ». Cette prime traduit la différence entre la valeur de l’or contenu dans la pièce et le prix réellement payé, variable selon la rareté ou la popularité. Mieux vaut viser des pièces à prime réduite pour éviter de trop payer à l’achat.
Où se procurer de l’or ?
Pour acquérir de l’or physique, il suffit de solliciter sa banque, généralement contre une commission entre 1,5 % et 2,5 %. Dans les grandes villes, des enseignes spécialisées s’affichent en vitrine, mais prudence avec les intermédiaires inconnus.
Pour l’or papier, on passe tout simplement par un intermédiaire financier ou un courtier agréé.
Fiscalité : revers pour l’or physique
Depuis la loi de finances 2018, la fiscalité des métaux précieux s’est durcie. À la revente, une taxe forfaitaire de 11,5 % s’applique, que l’on réalise ou non une plus-value. Rien n’est prélevé lors de l’achat.
Si l’on conserve le justificatif d’acquisition, indiquant date et prix, une taxation sur la plus-value réelle devient possible : 36,2 %, allégée d’un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année de détention.
Quelques règles à adopter pour investir dans l’or physique
Avant de franchir le pas, certains principes méritent d’être appliqués pour limiter les déconvenues :
- Choisir des pièces ou lingots en parfait état
- Sélectionner des pièces d’un haut niveau de pureté
- Prendre des pièces émanant de monnaies reconnues
- Faire appel à une maison de négoce solide, présente depuis des décennies
- Favoriser un achat à Paris, où l’offre est vaste et les prix plus serrés qu’en province
- Privilégier l’achat en ligne auprès de sites réputés et sûrs : la commission y reste souvent plus basse qu’en boutique
L’or, un placement pour qui ?
Le métal jaune occupe une position à part. C’est le recours favori quand rien ne va plus, le pilier d’une diversification en période trouble, l’abri des investisseurs prudents. Lorsque l’inflation met la pression ou que les marchés dévissent, son attrait explose.
Attention pourtant à la fausse évidence d’investir tout son capital dans l’or : ce dernier ne génère aucun revenu de lui-même et peut décrocher sans prévenir. Le risque de moins-value reste réel.
Au fond, investir dans l’or, c’est accepter d’attendre, garder le cap malgré les secousses, parier sur la résilience du métal. Reste à chacun de décider si une part de son épargne mérite de reposer, en silence, dans un coffre… ou non.