Les insectes sont-ils vraiment classés parmi les animaux ?
Oubliez la frontière nette entre animal et insecte : elle n’existe pas. Dès qu’on creuse la question, les certitudes vacillent. Les insectes sont-ils des animaux comme les autres ? La réponse tient plus de la biologie que du simple bon sens.
À chaque fois que la conversation s’aventure sur les insectes, une confusion surgit. Les araignées et les scorpions sont trop souvent rangés dans le même tiroir que les fourmis ou les papillons. Pourtant, le monde vivant ne se laisse pas enfermer dans des cases aussi sommaires. Pour distinguer véritablement les insectes, il faut plonger dans la classification scientifique et regarder de près leurs caractéristiques physiques.
Le terme « insecte » vient du latin « Insectum » : littéralement « découpé en sections ». Ce n’est pas un hasard. Les insectes appartiennent à la vaste famille des invertébrés, au sein du groupe des arthropodes. Mais qu’est-ce qui fait d’un animal un arthropode ? Voici les traits qui les définissent :
- Un exosquelette segmenté et articulé, composé de chitine. Cet ensemble de plaques, appelées sclérites, forme la cuticule chez les insectes. À l’inverse des vertébrés (mammifères, poissons, oiseaux…), ils portent tout leur squelette à l’extérieur.
- Une symétrie bilatérale, avec un côté gauche qui fait écho au côté droit.
- Un système nerveux central ventral, alors que chez les vertébrés, il se situe sur le dos.
- Un système circulatoire dorsal, autrement dit, leur « cœur » bat sur la face supérieure de leur corps.

Sur l’arbre généalogique des arthropodes (source : Giribet & Edgecombe, 2012), la diversité saute aux yeux. Les invertébrés ne se limitent pas aux insectes. Mollusques (comme les poulpes et les moules), crustacés (crabes, crevettes), arachnides (araignées, scorpions, mille-pattes), échinodermes (oursins, étoiles de mer)… Chacun occupe sa branche propre. Les illustrations scientifiques permettent de visualiser ce foisonnement.
Pour identifier un insecte sans se tromper, quatre critères principaux s’imposent :
- Le corps est divisé en trois segments distincts : tête, thorax, abdomen.
- On compte trois paires de pattes, réparties à l’avant, au centre et à l’arrière.
- Les yeux sont composés, formés d’unités appelées ommatidies.
- Une paire d’antennes trône sur la tête.

Sur le schéma ci-dessus (Université du Missouri), on repère d’un coup d’œil la morphologie type. Les insectes n’ont pas attendu l’homme pour coloniser la Terre : ils sont apparus il y a près de 420 millions d’années. Depuis, leur inventivité biologique est sans limite. Formes, couleurs, modes de vie, solitaires ou grégaires, ils se sont adaptés à tous les milieux terrestres. Seuls parmi les arthropodes, ils ont conquis le vol.

Regardez les chiffres : près d’un million d’espèces recensées à ce jour (source : http://education.francetv.fr). Et la réalité est sans doute bien supérieure, car des milliers de variétés restent encore à identifier. Les insectes pèsent lourd dans la biodiversité : ils constituent plus de la moitié des espèces vivantes connues et près de 90% du règne animal.
Impossible de leur échapper : ils peuplent toutes les latitudes, à l’exception des pôles. Déserts brûlants, forêts tropicales, eaux douces, rien ne semble leur résister. Seuls les océans leur échappent, à l’exception de rares punaises aquatiques. Dans ces milieux salés, ce sont les crustacés qui règnent en maîtres.
La taille des insectes aujourd’hui oscille entre quelques millimètres et une trentaine de centimètres pour les plus grands. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. À l’ère paléozoïque, certains insectes affichaient des mensurations démesurées : des libellules fossiles d’une envergure de 75 cm ont été mises au jour. Leur croissance démesurée était liée à la teneur en oxygène de l’atmosphère, bien plus élevée à l’époque.
Le cycle de vie des insectes varie autant que leur apparence. Pourtant, on retrouve une trame commune à la plupart des espèces, structurée en quatre phases : œuf, larve, pupe (ou nymphe), puis adulte (imago). Chacune de ces étapes a ses spécificités biologiques.
Contraints par leur squelette externe, les larves ne grandissent pas de façon continue. Leur croissance procède par à-coups : à chaque étape, elles doivent se débarrasser de leur exosquelette et en produire un nouveau, plus grand. Ce processus s’appelle la mue. Sa fréquence dépend de l’espèce, du milieu, de la disponibilité en nourriture ou de la température. Pour qui souhaite creuser la question, plus d’informations sont disponibles ici.
Le stade de la pupe marque la dernière mue larvaire : c’est l’étape de la métamorphose, cette transformation spectaculaire qui fait passer l’animal de l’état larvaire à l’âge adulte. La métamorphose peut être complète, on parle alors d’holométabolisme, ou incomplète (hémimétabolisme), selon que la transformation s’accompagne ou non d’un changement radical de forme et d’écologie.
Le papillon offre l’illustration parfaite de la métamorphose complète. D’abord chenille, il s’enferme dans une chrysalide, puis, à l’issue de la métamorphose, devient papillon adulte. L’évolution du criquet, à l’inverse, témoigne d’une métamorphose incomplète : les jeunes stades, bien que plus petits, ressemblent déjà à l’adulte et il n’y a pas de stade intermédiaire sous forme de pupe.
Pour approfondir le sujet de la métamorphose, consultez cette page dédiée.
Cycle du papillon (Université de l’Arizona)
Cycle du criquet (Weed-Science-Classes)
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, Dictionnaire d’entomologie : Anatomie, systématique, biologie
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