Pourquoi opter pour une cigarette électronique à haute puissance
Les liquides électroniques, ces mélanges où la chimie tutoie l’orfèvrerie, ne sont qu’une facette de la question. Quand il s’agit de la sécurité des aérosols émis par les cigarettes électroniques, la tension et la puissance du dispositif entrent elles aussi dans la balance.
Les premières observations de terrain l’ont confirmé : tous les dispositifs de vapotage n’agissent pas de la même façon sur les cellules humaines. D’un modèle à l’autre, la toxicité cellulaire varie, tout comme les réactions inflammatoires qu’ils provoquent. Tant que la recherche n’aura pas livré tous ses résultats, la prudence s’impose pour les utilisateurs d’ENDS exposés directement à ces aérosols.
Au Roswell Park Cancer Institute de Buffalo, NY, une équipe s’est lancée dans une analyse rigoureuse : l’objectif était de décortiquer l’influence des caractéristiques propres à chaque dispositif, arômes, type de nicotine, concentration, tension délivrée par la batterie, sur la toxicité cellulaire et les réactions inflammatoires observées sur des cellules épithéliales bronchiques cultivées en laboratoire.
Cette étude a passé en revue tout l’éventail des appareils : cigarettes électroniques jetables, modèles rechargeables, systèmes à réservoir de type eGo, vaporisateurs personnels, ePipes, eCIGars… bref, la panoplie complète des dispositifs utilisés par les vapoteurs. Tous n’autorisent pas le vapotage électrique, mais certains s’y prêtent parfaitement.
Produire de gros nuages de vapeur, enchaîner les tours de vapeur, voilà le terrain de jeu du vapotage haute puissance. Ce spectacle impressionne lors des vape shows et séduit un public de passionnés, souvent aguerris, que certaines marques ciblent en vantant la puissance de leurs appareils. Cela dit, cette pratique concerne une infime minorité de vapoteurs ; le point commun avec l’usage quotidien reste la vaporisation d’un e-liquide.
Le vapotage de puissance, une niche confidentielle
Le matériel de ceux qui pratiquent le vapotage de puissance n’a plus grand-chose à voir avec celui du vapoteur lambda. Pour créer des nuages denses, les adeptes misent sur des e-liquides riches en VG, pauvres en nicotine, des résistances subohm et des box capables de délivrer 200 watts, voire davantage, grâce à deux ou trois accus. Ce duo, puissance élevée et résistance basse, permet d’atteindre des températures élevées en un éclair, vaporisant d’importantes quantités de liquide pour un résultat spectaculaire.
Ce style de vape privilégie l’inhalation directe, ou DL (Direct Lung) : la vapeur va d’un seul coup aux poumons, puis s’exhale en volutes épaisses, parfaites pour les concours de tricks ou la chasse au plus gros nuage. Cette pratique théâtrale entraîne une consommation d’e-liquide bien plus importante, et donc une exposition accrue aux molécules potentiellement problématiques.
À l’inverse, la majorité des utilisateurs adopte le tirage bouche-à-poumon (MTL), un mode d’inhalation qui rappelle le geste du fumeur traditionnel. Ici, l’accent est mis sur la restitution des saveurs, le confort d’utilisation et la simplicité : airflow serré, appareils compacts, bobines prémontées, batteries simples ou doubles (pour l’autonomie, rarement pour la puissance). Ce style, plus doux, exige moins de liquide et produit moins de vapeur.
Entre toxicité et inflammation : ce que révèle l’exposition cellulaire
La nuance est de taille entre toxicité et réponse inflammatoire. Une substance toxique s’attaque directement à la cellule, altère ses fonctions vitales, menace l’intégrité de l’organe à long terme : la viabilité cellulaire chute. À l’opposé, la réponse inflammatoire traduit une surtension de l’activité métabolique face à un stress : les cellules libèrent des cytokines, qui transmettent l’alerte dans les tissus. Souvent, cette réaction reste anodine, sauf en cas de répétition ou d’infection bactérienne ou virale.
Vapoter n’est pas anodin, mais reste moins risqué que fumer
La façon dont se forme l’aérosol reste matière à débats. Les chercheurs se sont appuyés sur un générateur Borgwaldt LX-1, avec une séquence proche du protocole du Dr Farsalinos : bouffées de 3 secondes toutes les 30 secondes, volume de 55 mL, pour un total de 55 bouffées en 30 minutes.
Les résultats sont nets : l’aérosol issu du vapotage, tout comme la fumée de cigarette, perturbe l’activité métabolique et la viabilité cellulaire. Toutefois, la toxicité des dispositifs électroniques, qu’il s’agisse de modèles jetables, rechargeables ou eCIGAR, reste inférieure à celle du tabac fumé. Certains modèles, telle la Blu rechargeable, se montrent aussi inflammatoires que d’autres, mais moins toxiques, sans doute grâce à une alimentation électrique plus modérée.
Propylène glycol, nicotine et arômes : des effets variables sur les cellules
Quand les cellules sont exposées à des aérosols générés avec du propylène glycol pur, la réaction inflammatoire grimpe nettement par rapport à des mélanges plus équilibrés. Autre point à retenir : la nicotine n’a pas induit de cytotoxicité notable, mais a tout de même déclenché des signaux inflammatoires, ce qu’ont confirmé d’autres travaux.
Les chercheurs n’ont pas disséqué l’ensemble des additifs aromatiques pour désigner les coupables, mais certains se détachent : menthol, café, fraise ressortent comme facteurs impactant la cytotoxicité générale. Finalement, la puissance de l’appareil et la nature des arômes s’avèrent déterminantes dans la toxicité potentielle des produits ENDS.
En poussant la tension de la batterie, la toxicité de l’aérosol ENDS s’accroît nettement. À l’inverse, choisir des dispositifs moins puissants et des e-liquides à profil de toxicité réduit peut limiter les risques associés à l’inhalation.
L’étude met en lumière l’interaction subtile entre le type de liquide et la manière dont il est vaporisé. Tester la toxicité sur divers appareils haute tension ou haute puissance reste un défi de taille.
Toxicologie verte : tester les liquides avant usage
Il existe une alternative pour évaluer les produits de vapotage aromatisés : la toxicologie verte. Cette méthode, portée par le Dr Goniewicz, vise à déterminer les effets de chaque composant d’un mélange complexe avant fabrication. Une base de données permet déjà d’associer certains ingrédients à des profils de sécurité plus ou moins élevés.
Cependant, la prudence s’impose : un e-liquide jugé sûr lors des tests préalables peut se révéler problématique lorsqu’il est soumis à la chaleur d’un mod puissant. Même avec une tension modérée de 3,3 V, un système de type eGo est capable de générer suffisamment d’énergie pour libérer des substances toxiques et altérer la viabilité des cellules bronchiques.
Vers une réglementation de la puissance, en plus des e-liquides ?
Face à ces données, une question pointe : la réglementation du vapotage doit-elle aller au-delà de la composition des liquides pour s’intéresser à la puissance des appareils ? C’est la réflexion que suscitent ces études financées par le National Institute on Drug Abuse (NIDA). Pourquoi s’attarder sur une pratique marginale, sinon pour envisager de nouvelles règles sur la puissance délivrée par les dispositifs ?
Le Dr Maciej Goniewicz fait figure de pionnier dans l’analyse des arômes et l’identification de substances problématiques dans les aérosols de cigarette électronique : diacétyl, acroléine, formaldéhyde, ou encore benzaldéhyde dans les saveurs cerise. Certaines découvertes ont alimenté la peur chez les vapoteurs, laissant croire, à tort, que fumer restait plus sûr que vapoter. Ces arguments ont été repris par les mouvements anti-tabac et anti-vape, contribuant à la stigmatisation du vapotage.
L’étude s’appuie sur une terminologie orientée, multipliant les références à « ENDS » et à l’« ePipe », des mots-clés qui trônent en bonne place sur les pages de la FDA américaine. Malgré tout, les auteurs reconnaissent que la cigarette électronique s’inscrit dans une logique de réduction des risques face au tabac brûlé : « La viabilité cellulaire et l’activité métabolique ont été plus affectées par les cigarettes conventionnelles que par la plupart des produits ENDS testés ».
Les scientifiques s’accordent sur un point : la fumée de cigarette reste bien plus toxique que l’aérosol issu de la vape. Certes, certains composants des e-liquides demandent à être mieux encadrés, mais cela ne devrait pas décourager les personnes qui souhaitent réduire leur exposition aux risques en passant à la cigarette électronique, notamment quand arrêter de fumer leur paraît hors de portée. Le tabac, rappelons-le, provoque plus de 480 000 décès chaque année aux États-Unis. Ce chiffre devrait rester en mémoire à chaque débat sur la vape.
Pour aller plus loin :
- Toxicologie verte : une base d’ingrédients e-liquide évalués pour leur sécurité
Leigh NJ., Lawton RI., Hershberger PA., Goniewicz ML. 2016. Les arômes affectent de manière significative la toxicité par inhalation des aérosols générés par les systèmes électroniques de distribution de nicotine (ENDS). Lutte antitabac, lutte au tabacol-2016.
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