La compagne de Yannick Jadot : vie privée et parcours
( Le discours prononcé est le seul faisant foi)
Trois millions 55 mille 23 votes. Trois millions 55 mille 23 voix, rien que ça. Ce chiffre ne se contente pas d’habiter les urnes, il nous oblige.
Se montrer à la hauteur de ce score, c’est le défi. Les électeurs qui se sont déplacés dimanche n’attendaient pas un simple constat, ni des justifications. Ils ont glissé leur bulletin vert pour une raison : faire bouger les lignes, provoquer un changement réel, ancrer le corps politique dans l’avenir de notre planète et de l’humanité. Pour nos enfants. Pour lutter contre le changement climatique, l’effacement progressif d’espèces, remettre la solidarité au centre de nos sociétés.
Il s’agit d’agir. Tout de suite. Pas demain, pas dans une décennie, maintenant.
Ceux qui ont voté ne veulent pas de tergiversations, de débats stériles. Ils exigent de l’efficacité, du concret, une gouvernance qui bouleverse l’ordre établi. Leur attente est immense. Oui, nous devons entendre cette aspiration, la respecter, l’honorer. Et, avouons-le, nous les aimons, ces électeurs. Apprenons à les chérir, à les comprendre, à faire grossir leurs rangs.
Ils viennent d’horizons différents, avec leurs opinions, leurs passés, parfois en décalage avec les nôtres. Peu importe. Il n’est pas question de juger. Ce qu’ils réclament, c’est de bâtir un avenir d’espoir et de réconciliation, pas de s’attarder sur leur carnet de santé ou leur identité.
Nous serons, ensemble, fiers de nos valeurs, fidèles à nos couleurs, déterminés à transformer la société.
L’ennemi, il est là : le nationalisme, ce poison qui ronge la démocratie, qui attaque les droits, en particulier ceux des femmes, des personnes LGBT, des étrangers. Trump, Bolsonaro, Poutine : leurs discours résonnent du même déni de réalité. Ne soyons pas dupes : derrière leurs postures, toujours les mêmes lobbies du charbon, du pétrole, des pesticides, de l’agro-industrie. Ils mentent sans honte, yeux dans les yeux, parce qu’ils savent que chaque minute volée à la vérité leur rapporte des fortunes.
Ce n’est pas une fatalité venue d’ailleurs. Sur notre continent aussi, Salvini, Orban, Kaczynski, Le Pen s’emploient à désigner des boucs émissaires, à faire des réfugiés la cible de toutes les colères. Le temps est venu, comme l’a lancé Damien Carême et les villes d’accueil, d’appeler le Président à ouvrir nos ports à ceux qui ne cherchent qu’à survivre.
Mais l’extrême droite n’a pas le monopole de l’immobilisme. Ceux qui prétendent agir pour la planète, mais qui temporisent, qui reculent, qui se cachent derrière de belles paroles et de fausses promesses ne valent guère mieux.
On les connaît : dirigeants qui procrastinent, qui empilent les rapports sans rien engager, qui s’imaginent que quelques progrès techniques ou un soupçon de croissance suffiront à effacer la crise écologique. Pour eux, tout n’est que parenthèse, une crise passagère. Ils brandissent la science comme un talisman, sans jamais en tirer les conséquences.
Des exemples ? Hier encore, Daniel Cueff défendait devant la cour de Rennes une ordonnance interdisant les pesticides près des habitations. En Bretagne, les algues vertes envahissent les côtes, mais l’État continue d’autoriser l’agrandissement des exploitations industrielles. Les subventions pleuvent pour irriguer le maïs, alors que la sécheresse frappe de plein fouet. En Guyane, les permis d’exploitation aurifère se multiplient.
L’été dernier, l’EPR de Flamanville accusait un énième retard, un surcoût d’un milliard, tandis que les budgets pour la rénovation thermique des logements fondaient. Dans le même temps, le gouvernement autorisait l’abattage illégal de milliers de courlis cendrés. Ajoutez à cela la ratification du CETA, la présence d’un ministre du Bien-être animal lors d’une corrida, et la liste s’allonge.
La souffrance animale n’a rien à faire dans nos stades ou sur nos écrans. Au Parlement européen, nous nous battons pour changer l’agriculture, sauver nos paysans, installer de nouveaux exploitants, bannir les pesticides. Nous luttons aussi pour bloquer l’accord de libre-échange avec le Mercosur, qui condamne l’Amazonie et ses peuples. Ce type d’accord, c’est la mondialisation de la malbouffe, la disparition des agriculteurs, la souffrance animale, au Nord comme au Sud.
Bolsonaro n’a jamais fait mystère de ses intentions : livrer l’Amazonie à l’agrobusiness. Sa politique a multiplié les incendies. Face à ce cynisme, l’Europe ne doit pas récompenser, mais sanctionner. J’en appelle au président Macron : il faut un embargo sur le soja OGM pour sauver l’Amazonie.
Nous, écologistes, savons que la crise écologique n’est pas une parenthèse. Les Français aussi : ils voient leurs conditions de vie se dégrader, parfois brutalement. Le monde change, comme l’a écrit Michel Serres.
L’écologie que nous portons n’est pas un supplément d’âme, ni un gadget. Elle doit être le fil conducteur qui relie solidarité, justice sociale, économie, emploi, protection des travailleurs et des chômeurs, revitalisation des territoires, de la ville au village. Personne ne doit plus se sentir exilé chez lui.
L’écologie, c’est la cohérence, la détermination. Radicale dans l’ampleur de la transformation, pragmatique dans l’action.
Elle ne laisse personne sur le bord de la route. Pour les plus modestes, elle apporte du pouvoir d’achat, du confort, la perspective d’emplois dignes, un bouclier contre les difficultés. C’est aussi la défense des services publics, ces piliers de notre vie commune.
Un mot pour saluer les soignants, infirmières, médecins, personnels d’urgence qui se battent pour notre santé. Un mot pour les enseignants qui luttent contre les fermetures de classes, pour l’avenir de nos enfants.
L’écologie est démocratique. Les transitions nécessaires ne se feront qu’avec l’engagement de tous, du plus petit village à l’Union européenne.
C’est tout cela qui nous pousse à viser le pouvoir, non pour l’occuper, mais pour le rendre aux citoyens. Il ne s’agit pas de conquérir un château, mais de bâtir la maison commune, la maison du peuple.
Nous voulons transformer le monde en profondeur, parce que nous avons la lucidité de le regarder en face. Ne laissons pas les rênes à ceux qui nous ont menés droit dans l’impasse.
Reprenons la main sur notre destin. Il y a urgence, et nous avons des solutions concrètes.
Car, contrairement à ce que disent nos détracteurs, l’écologie a les pieds sur terre. Les solutions sont là, dans la société, les territoires ruraux, les quartiers, les associations, les entreprises, les laboratoires de recherche. Elles ont été construites patiemment, sérieusement. Gouverner, c’est les mettre en œuvre.
Partout, des femmes et des hommes innovent, expérimentent, réussissent. Ils incarnent ce monde qui vient, cette société qui retrouve confiance et espoir, qui préfère la coopération à la compétition. Ce sont nos alliés.
Cette alternative écologique, nous la bâtirons avec eux. L’heure des écologistes est arrivée.
Les jeunes ne s’y trompent pas. Ils ont choisi l’écologie comme vote de cœur, là où d’autres cèdent à la peur. Les gouvernements successifs leur laissent trop souvent en héritage la précarité, les inégalités et parfois la violence d’État, comme à Nantes où la fête s’est terminée en drame.
Pourtant, ils ne lâchent rien. Partout, ils marchent pour la planète, le climat, l’espoir. Nous avons entendu leur appel, il nous appartient d’y répondre.
Leur avenir, c’est aussi le nôtre.
Changer radicalement le système économique exige de rebattre les cartes du paysage politique.
Macron n’a rien recomposé : il a simplement recyclé l’ancien monde, réunissant ceux de gauche et de droite qui ont failli. Sa stratégie : nous pousser à voter par défaut, contre l’extrême droite, jamais pour un projet positif.
Nous, écologistes, devons reconstruire ce paysage. Rompre avec cette impasse : le choix entre la résignation et la haine. Rebâtir autour de l’espoir, de l’ambition, de la fierté de notre pays et de notre continent.
Nous voulons démontrer que l’action politique a du poids, que le courage existe, que tenir ses engagements est possible. Des solutions émergent, elles protègent, elles rassurent, elles mobilisent.
Dans toute la société, la prise de conscience se propage. Unissons nos forces : jeunes, salariés, associations, entreprises, intellectuels, artistes, bénévoles, élus, militants convaincus que l’écologie doit être le socle de la recomposition.
Affirmons-nous comme la grande alternative pour l’alternance à venir.
Delphine Batho, François Ruffin, Ingrid Levavasseur, Guillaume Balas, Raphaël Glucksmann et tant d’autres, avec ou sans étiquette, vous êtes les bienvenus dans cette aventure collective. Travaillons ensemble.
Construisons, bâtissons.
Nos parcours, nos combats, nos engagements nous distinguent, mais nos différences forment notre plus grande richesse. Cette diversité est notre chance.
Pour ma part, je viens d’une famille de professeurs, ancrée à gauche. Cela a marqué mon histoire, mais aujourd’hui, je me revendique avant tout écologiste.
Accueillons tous ceux qui veulent agir, d’où qu’ils viennent. Certains se sentent issus d’un camp, d’autres non : peu importe, tant que la volonté d’agir et des valeurs communes nous rassemblent.
En 2019, face à l’urgence, le vrai débat n’est plus de savoir ce que signifie « être de gauche ». Sortons des postures qui ont masqué tant de renoncements.
Notre engagement pour la justice sociale, la solidarité, l’égalité des droits n’est pas négociable. Notre attachement aux libertés non plus.
Rassemblons-nous, là où d’autres se divisent.
Ouvrir la porte, ce n’est pas s’affaiblir, c’est grandir. C’est se donner une chance de l’emporter.
Nous le répétons : le temps presse.
Ce n’est plus l’heure des comparaisons stériles avec un monde qui a échoué. Mettons l’écologie au centre du jeu, imposons le débat sur les enjeux majeurs de l’humanité et de la nature.
Ce mouvement écologique est appelé à dépasser largement le cadre d’Europe Écologie Les Verts. C’est une responsabilité immense, celle de s’engager dans une dynamique qui nous dépasse.
Lucides face à la menace d’effondrement, nous n’avons d’autre choix que de nous unir, de dépasser nos frontières habituelles.
Dans la phase de congrès qui s’ouvre, il nous faudra maintenir cette unité, éviter les querelles internes qui, en 2009, ont transformé notre succès en déroute.
Nous connaissons nos faiblesses : les débats de couloir, les petites phrases, les querelles de chapelle. La ligne portée lors des européennes, débattue collectivement, a été celle de l’unité. Je rends hommage à David Cormand, artisan de ce rassemblement.
Je m’engage à poursuivre cette ligne, à maintenir notre mouvement uni et mobilisé pour les échéances à venir.
La bataille municipale sera déterminante.
Nous avons beaucoup entendu parler de modestie ces derniers jours. L’urgence est immense, les défis à relever considérables, et l’extrême droite comme le productivisme libéral ont avancé leurs pions.
Mais la modestie ne doit pas devenir la porte ouverte à la frilosité ou au renoncement. Elle ne doit pas nous enfermer dans des débats tactiques sans intérêt pour la société, qui nous ont déjà coûté cher. Le temps de la planète n’est pas celui de nos querelles.
J’assume l’ambition pour l’écologie, pour notre pays, pour l’Europe. Dans les villes, construisons avec les citoyens, les acteurs locaux, sans sectarisme ni volonté d’hégémonie, mais avec la force de nos convictions. Donnons-nous les moyens de l’emporter pour agir.
Remportons ces victoires pour bâtir un quotidien et un cadre de vie où chacun puisse s’épanouir, élever ses enfants, vivre simplement.
Les écologistes, par leur responsabilité, offriront à chacun le pouvoir de vivre, de choisir, de partager. Soyons fiers de nos élus, de ceux qui construisent plutôt que de ceux qui vendent des discours.
Il y a quelques semaines, dans la campagne, aux côtés d’Agnès Langevine et Jean Codognès, nous avons partagé un moment avec des vignerons engagés. Le vin était à la hauteur de leur engagement : authentique, vivant. Ces terroirs, nous voulons les préserver, les faire prospérer, innover chaque jour, démocratiquement, socialement, économiquement, technologiquement.
Pourtant, malgré tant de richesses, notre pays se fracture. Les raisons qui ont donné naissance au mouvement des gilets jaunes n’ont pas disparu. Loin de là.
Notre responsabilité, c’est de mobiliser et d’unir toutes les forces, pour bâtir ensemble un avenir commun, des projets fédérateurs.
Aimons ce pays, l’Europe, la planète, celles et ceux qui y vivent… Et souvenons-nous, sans relâche, de ce que nous devons à nos 3 055 023 électeurs.
Vivons pleinement cette chance rare : la possibilité de construire un monde meilleur. Portons haut les couleurs de l’écologie, parce qu’elles sont celles de la vie.