Les sources de revenus principales de Mike Horn
Un chiffre brut : à -50°C, le corps humain brûle 800 kcal en une heure. Ce n’est pas une statistique abstraite pour Mike Horn,c’est une donnée qui décide, parfois, du fil de sa survie. En décembre 2019, alors que l’Arctique battait des records de fragilité, l’aventurier sud-africain a frôlé le point de non-retour. Avec son complice norvégien Borge Ousland, ils ont tenté ensemble de traverser l’océan Arctique à ski. La banquise, plus fine que jamais à cause du réchauffement du climat, a transformé leur expédition en course contre la montre : rations qui s’amenuisent, forces qui s’érodent, chaque pas sur la glace devenant un pari risqué. Deux mois et demi à tirer leur traîneau, sept à huit heures par jour, exposés à des températures passant de -2°C à -45°C. Entre deux aventures, Mike Horn s’est arrêté à Genève, à l’Exposition Internationale de la Haute Horlogerie. Là, Panerai dévoilait la Sumersible Mike Horn Edition, produite en seulement 19 exemplaires. Rencontre avec un explorateur pour qui le temps n’a rien d’anodin.
Quels sont vos secrets pour survivre dans des situations extrêmes ?
MH : Je ne me vois ni comme plus fort ni comme plus résistant que les autres. Ce qui me pousse, c’est le rêve de réaliser des choses hors du commun. Ma famille m’a toujours soutenu, à une condition : rentrer vivant. J’ai approché la mort à plusieurs reprises, mais c’est eux qui m’ont donné la volonté de m’accrocher. Certains pensent que la survie repose sur la pensée positive,pour moi, tout est question de rigueur. Je ne suis qu’un homme discipliné, rien de plus.
Quand on est aventurier, pourquoi s’associer à une maison horlogère ?
Mike Horn : Ce n’est pas moi qui ai cherché Panerai. Après avoir reçu le Laureus World Sport Award en 2001, j’ai fait la connaissance de Johann Rupert, président de Richemont. Il a détaché sa montre Panerai pour me la tendre, en me disant que désormais, ce serait à mon tour de la porter. Aujourd’hui, j’arbore le cinquième modèle conçu spécialement pour mes expéditions, adapté à l’extrême. À -70°C, une montre classique ne tiendrait pas le choc.
Donc, ce n’est pas un simple accessoire pour vous…
MH : Cette montre est devenue un outil à part entière. Avec la position du soleil ou des étoiles, elle me permet de m’orienter. Mais elle fait plus : elle rythme ma dépense d’énergie. À -50°C, chaque minute compte. Mesurer le temps, c’est aussi surveiller ce que l’on consomme et ce qu’il reste à tenir.
Cette montre vous a-t-elle déjà sauvé la vie ?
MH : À chaque expédition, c’est un combat pour survivre,et ma montre fait partie de l’équipement vital. Un jour, j’ai même dû la sacrifier sur une montagne : je l’ai fixée à la roche, accroché une corde à ses cornes, et c’est ce système improvisé qui m’a permis de redescendre. Je préfère garder pour moi le nom de la montagne… J’y retournerai.
Quel est votre combat prioritaire ?
MH : La nature est mon terrain, je l’observe se dégrader sous mes yeux. Il faut repenser notre rapport à ce qui existe déjà sur Terre, apprendre à recycler, à limiter notre impact. Après la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, on m’a proposé de prendre sa suite. Mais je ne suis pas Français, et je ne me vois pas en politique. Je préfère agir en transmettant l’expérience de mes expéditions, parler de ce que je vis sur le terrain plutôt que d’élaborer des lois.
Quel regard portez-vous sur l’industrie du luxe, notamment en tant qu’ambassadeur pour une marque horlogère ?
MH : Depuis trente ans, je vis dehors. J’ai fait le tour du monde treize fois. Sur les cinq dernières années, je n’ai passé qu’un mois chez moi. Aujourd’hui, je vois mourir des ours polaires, piégés par la fonte des glaces. Le luxe n’aura plus de sens si la planète disparaît. Ceux qui ont du pouvoir peuvent influencer les choses. Je garde espoir, car les nouvelles générations sont bien plus attentives à l’écologie.

Comment définissez-vous le luxe ?
Pour moi, le luxe, c’est la liberté. Je ne cours pas après l’argent ou les possessions, je cherche à accumuler des expériences. Voyager, transmettre, repousser mes limites,c’est tout cela qui me motive. En travaillant pour s’améliorer sans cesse, on s’offre un peu plus de liberté.
Stagiaires recueillis par Carine Lœillet
Un stage avec Mike Horn, ça ressemble à quoi ? Les détenteurs de l’une des 19 montres Panerai Sumersible Mike Horn Edition ont eu l’opportunité, en mars 2020, de vivre une immersion rare : direction l’archipel du Svalbard, tout au nord de la Norvège, pour une expérience grandeur nature aux côtés de l’explorateur. Au programme : apprentissage des règles de survie, observation de la faune arctique, échanges sur la préservation de cet écosystème fragile.
Mike Horn, lui, repart déjà vers d’autres horizons. Mais là où il passe, la trace qu’il laisse questionne, inspire et secoue les certitudes. Que restera-t-il de nos exploits si le terrain de jeu disparaît sous nos pas ?