Santé

Les meilleurs sports à adopter après 60 ans

La retraite ne marque pas une pause, elle ouvre plutôt un nouveau chapitre : celui où l’on redécouvre le temps, et où bouger devient une priorité. Loin d’être anecdotique, l’activité physique façonne la santé avec autant d’impact que l’alimentation ou le sommeil. D’un côté, certains retraités poursuivent leur routine sportive, d’autres s’inscrivent dans des clubs, ou choisissent de marcher ou jardiner davantage. Et puis il y a l’option, de plus en plus visible, de l’« activité physique adaptée » (APA).

L’APA répond à une attente précise : faciliter la reprise d’une activité pour celles et ceux qui n’ont plus mis un pied dans une salle depuis longtemps, ou qui craignent la blessure et l’ambiance compétitive des cours dits classiques. Cette formule compte aussi pour les personnes dont l’état de santé nécessite un suivi attentif assuré par des professionnels formés. Partout, l’offre explose : entre clubs, associations et collectivités, l’accès se démocratise et les portes s’ouvrent à tous les âges, toutes les conditions.

Pourtant, le constat demeure têtu : malgré la profusion d’initiatives et des conseils martelés sur tous les fronts, la majorité des adultes en France reste trop sédentaire. Olivier Dailly, qui pilote l’association ADAL et le programme D-Marche, l’a bien compris : lancer des activités ne suffit pas, il faut aussi réussir à susciter l’envie, donner envie de s’y tenir. L’enjeu ne réside plus seulement dans l’offre, mais dans la capacité à installer le mouvement comme une partie intégrante de la routine quotidienne.

L’APA s’impose alors comme une solution sur-mesure pour transformer l’effort en plaisir durable. Les intervenants qualifiés s’adaptent à chaque inscription, encouragent la création de liens lors des séances, et participent à faire de ces rendez-vous non une contrainte, mais un moment que l’on attend.

Où en êtes-vous en termes d’activité physique ?

L’Observatoire national de l’activité physique et de la vie sédentaire (ONAPS) offre quelques repères chiffrés qui invitent à prendre du recul :

  • Quatre adultes sur dix passent plus de quatre heures par jour assis ou allongés (en dehors du sommeil), une définition criante de la sédentarité.
  • Un quart d’entre eux pratique une activité modérée chaque jour, l’équivalent d’une demi-heure de marche.
  • Près de la moitié atteignent un niveau jugé satisfaisant face aux recommandations internationales.

Si relancer une activité adaptée vous trotte dans la tête, que ce soit après une longue période d’inactivité ou à cause de soucis de santé, plusieurs points de contact existent :

  • Les fédérations multisports, comme la Fédération française du sport pour tous ou la FFEPGV (Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire), sans oublier le réseau associatif Siel Bleu.
  • Les associations de patients dans votre secteur.
  • Le service information de votre mairie, qui relaie bien souvent les animations proposées aux seniors.
  • Les réseaux départementaux spécialisés dans le sport, la santé et le bien-être.
  • Les agences régionales ou directions départementales qui recensent les solutions d’APA mises en place localement.

ENTRETIEN AVEC ALAIN LAFORÊT, MEMBRE DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA FNAR (FÉDÉRATION NATIONALE DES ASSOCIATIONS DE RETRAITÉS)

66 millions d’impatients : Les associations de retraités prennent-elles en compte la santé et la prévention via l’activité physique ?

Alain Laforêt : Nos clubs et associations rassemblent partout en France des milliers de membres. Beaucoup, avec l’âge, se retrouvent dans le parcours de soins, sans se définir eux-mêmes comme « malades ». Historiquement, ces structures font la part belle à la convivialité, aux excursions, à la vie collective. Le sujet de la santé n’apparaît souvent qu’à la marge. Pourtant, chaque sortie en groupe, chaque visite, chaque balade, c’est déjà une opportunité pour marcher, pour se dépenser. Ce sont aussi de précieuses occasions d’insuffler quelques messages simples de prévention.

Faut-il multiplier les activités physiques, et inclure l’APA, dans les associations de retraités ?

L’expression « activité physique adaptée » résonne trop souvent comme le synonyme de maladie ou de maison médicalisée, ce qui refroidit certains. Ajoutons que sur le plan légal, l’APA se destine aujourd’hui surtout aux personnes en affection longue durée. Pourtant, selon la FNAR, ce dispositif devrait gagner un rôle de prévention à part entière, pas seulement de traitement. Présenter ces activités comme un allié de l’autonomie et du bien vieillir, c’est ouvrir le champ des possibles et toucher un public bien plus large. Faire passer ce message préventif, voilà ce qui s’impose dans une société qui avance en âge.

Comment atteindre ceux que les cours collectifs ne séduisent pas, ou qui préfèrent bouger en solo ?

La marche quotidienne reste l’outil le plus accessible. L’APA ne doit pas se réduire à la rééducation ou aux prises en charge médicales. Il suffirait d’ateliers ponctuels, organisés une ou deux fois par an, pour partager des astuces et encourager plus d’activité au quotidien. On pourrait même imaginer que l’Assurance maladie glisse des dépliants motivants dans ses envois de prévention, comme lors de la campagne de vaccination contre la grippe. Finalement, chaque étape peut devenir un déclic pour inciter à bouger. Mais la clé, pour toucher large, c’est une démarche joyeuse, concrète, vraiment adaptée aux besoins des seniors d’aujourd’hui.

ENTRETIEN AVEC MARION OSTER, ENSEIGNANTE D’ACTIVITÉ PHYSIQUE ADAPTÉE (APA) À L’ASSOCIATION PRIM’ADAL

Comment se déclinent les séances d’APA dans votre structure ?

À Prim’ADAL, le panel d’activités est vaste : remise en forme avec gymnastique douce, ateliers d’équilibre, prévention des chutes, tai-chi chuan, tir à l’arc ou encore aquagym. L’accueil est ouvert à tous les âges, mais la majorité est composée de seniors. Le principe central, c’est l’adaptation permanente : il n’y a ni séparation par tranches d’âge, ni groupes par niveaux. L’enseignant module chaque exercice selon les aptitudes individuelles du jour. Cette diversité encourage l’entraide, la cohésion et alimente la motivation.

Qu’espèrent trouver les participants ?

Avant tout, ils veulent progresser sans craindre d’être mis à l’écart. Beaucoup arrivent frustrés par des expériences passées, dans des clubs trop impersonnels ou trop exigeants. Ici, chacun avance à son rythme, assis, debout, avec ou sans appui. Personne n’est laissé au bord de la route. D’ailleurs, au fil des semaines, les échanges se multiplient, l’ambiance s’ancre et les amitiés se créent.

L’APA, c’est vraiment pour tous, à tous les âges et quels que soient les problèmes physiques ?

Oui, vraiment. Ni l’âge ni les fragilités physiques ne sont éliminatoires, du moment qu’un certificat médical ne contre-indique pas la pratique. Les exercices sont toujours modulés. Il existe pour chacun une façon adaptée de participer et de progresser.

Quels bénéfices très concrets observe-t-on chez les seniors ?

Les effets, ils se constatent séance après séance. Pratiquer une ou deux fois par semaine : on y gagne en souplesse, en mobilité, en solidité musculaire. Mais au-delà, rester membre du groupe, prendre plaisir à retrouver les autres, constater ses progrès, sont des moteurs tout aussi puissants. Certains viennent de loin pour ne manquer aucun rendez-vous, parfois depuis des années. L’impact s’étend aussi à la santé mentale et sociale : beaucoup poursuivent la discussion après les cours, et l’on voit naître de véritables cercles d’amis.

Comment s’assurer que chacun trouve sa place dans ces séances collectives ?

Tous les nouveaux commencent par un échange par téléphone, histoire de cerner attentes et éventuelles craintes. L’enseignant circule pendant la séance, encourage, corrige, adapte en direct. Les groupes restent raisonnables : vingt pour un atelier de gymnastique, dix à quinze pour ceux consacrés à la prévention des chutes. Et la sécurité passe par un certificat médical détaillé pour tous les inscrits.

LUTTE CONTRE LA SÉDENTARITÉ : DES INFIRMIÈRES MOBILISENT LES AÎNÉS AUTOUR DE NOUVELLES HABITUDES

En Ariège, Christelle Repond et Françoise Chague, infirmières en centre de santé multisite, suivent au quotidien 20 communes et près de 8 000 habitants. Leur démarche vise avant tout la coopération avec les médecins, l’identification rapide des premiers signes de fragilité (isolement, perte musculaire, problèmes liés à l’alimentation chez les seniors).

Pour combattre la sédentarité, ces professionnelles misent sur le programme D-Marche, conçu pour donner envie de marcher davantage et intégrer de nouveaux réflexes, sur la durée. Leur méthode ne se limite pas à proposer des activités : elles accompagnent, guident, orientent parfois vers un kinésithérapeute pour ajuster le parcours si nécessaire.

Depuis la mise en route du projet, plus de 70 patients ont augmenté leur nombre de pas hebdomadaires. Certains participent à des marches encadrées, d’autres avancent de leur côté, mais dans tous les cas, la vitalité revient et le lien social se resserre.

TÉMOIGNAGE DE FRANÇOISE, 78 ANS, PARTICIPANTE APA À ALFORTVILLE

Je n’étais pas une passionnée de sport, mais je ne restais jamais sans rien faire. Kiné, puis infirmière, je marchais, je jardinai, mais les séances organisées : ce n’était pas pour moi. Avec le recul de la retraite, et la découverte d’une arythmie cardiaque, j’ai mesuré l’intérêt de ne pas rester statique. Mon mari m’a suggéré l’association ADAL à Alfortville : j’ai tenté. Deux fois par semaine, je participe aux séances. Les exercices sont variés, adaptés, et tout le monde trouve sa place, y compris ceux qui ont des limitations physiques. Personne ne force le rythme ; c’est la bienveillance, surtout, qui domine. Ce sentiment de sécurité me motive à continuer malgré mes soins. Mais ce que je retiens surtout, c’est l’ambiance, la motivation partagée, l’envie de revenir, cours après cours.

TÉMOIGNAGE DE FRANÇOISE, 81 ANS, PARTICIPANTE APA À PARIS

Le sport ne m’a jamais attirée et mon emploi du temps m’offrait peu de créneaux. Aujourd’hui, mon principal adversaire s’appelle arthrose. Dès la retraite, j’ai cherché des activités physiques adaptées pour rester autonome et mobile. Encadrement attentif, exercices ajustés, vigilance sur les risques de chute : ici, on adapte aux besoins de chacun et la sécurité passe avant tout. Marcher, privilégier les escaliers, garder le réflexe de se dépenser, même modestement : ces conseils font la différence. On repart avec plus de tonus, du baume au moral, et l’envie de garder le cap. Les séances sont aussi de vrais temps sociaux : on échange sur nos projets, nos envies de sorties, parfois même de voyages. Créer du lien, tous âges confondus, c’est ce supplément qui donne sens à la démarche.

Face aux défis du vieillissement et de l’allongement de la vie, l’activité physique adaptée ne s’efface plus dans l’ombre. Elle s’impose sans bruit, mais avec évidence, comme la piste concrète pour préserver liberté, santé et plaisir du quotidien bien après le départ en retraite, preuve que bouger, c’est bien plus que rester en forme.