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Les boutons non réinscriptibles sur smartphone compliquent vraiment la vie

Samsung Galaxy S10 Google Assistant

Opinion post byOliver Cragg

La maison du remap a ouvert ses portes lors du CMM 2019. Après près de deux ans de tergiversations, Samsung a finalement accepté de laisser ses utilisateurs reconfigurer le bouton Bixby sur tous les modèles Galaxy, présents et à venir.

Bien sûr, l’annonce est passée sous les radars, éclipsée par les projecteurs braqués sur les Galaxy S10 et le Galaxy Fold. Pourtant, ce geste, discret en apparence, a marqué un vrai tournant dans la façon dont le matériel Android peut être adapté selon les envies de chacun. Quand le leader mondial des smartphones modifie ses règles du jeu, les autres constructeurs prennent rarement ça à la légère.

Les meilleurs téléphones du MWC 2019MWC

2019 touche à sa fin, mais un flot d’appareils a déferlé sur le salon. Entre modèles pliables et smartphones 5G, cette édition s’est distinguée par une pluie d’innovations dans un secteur que beaucoup jugeaient à bout de souffle…

Mais ce rêve d’un bouton personnalisable sur chaque téléphone semble déjà s’évaporer.

À peine la promesse de Samsung actée, Google a dégainé, annonçant un partenariat avec plusieurs fabricants pour intégrer un bouton dédié à Google Assistant sur de nombreux modèles dès 2019.

Le hic ? Impossible de modifier l’usage de ces boutons, ils resteront figés.

C’est Bixby qui a tout déclenché

Samsung Bixby on Galaxy S9 smartphone

Interrogé sur la possibilité de personnaliser ces boutons Google Assistant, un représentant de Google a livré à Android Authority une réponse limpide : « Nous collaborons avec nos partenaires pour garantir une expérience intuitive et uniforme sur tous les appareils, donc le bouton ne sera pas programmable pour l’instant. Les utilisateurs auront toutefois la possibilité de désactiver ce bouton s’ils le souhaitent. »

Impossible d’être plus clair : ce bouton n’a qu’une seule vocation, lancer Google Assistant.

Reste quelques nuances à surveiller (nous y reviendrons), mais à première vue, Google pose ses limites quant aux touches matérielles personnalisables. L’expression « pour le moment » laisse toutefois la porte entrouverte à des évolutions ultérieures.

Google semble aussi imposer cette règle à ses partenaires, LG, Nokia, TCL, Vivo et Xiaomi. LG avait déjà laissé entendre qu’une option de reconfiguration serait possible sur le LG G7 ThinQ, le premier à embarquer un bouton Google Assistant. On peut se demander si cette promesse n’a pas été enterrée sous la pression de Mountain View.

L’annonce tombe particulièrement mal après l’ouverture surprise de Samsung. Permettre enfin de reconfigurer le bouton Bixby, c’était marquer une vraie rupture avec une tradition qui divisait depuis la sortie des Galaxy S8.

Mais tout n’est pas parfait. Même si l’on peut associer le bouton à différentes applis ou fonctions, impossible, pour l’instant, de le lier à un autre assistant comme Google Assistant ou Alexa.

Sur mon Galaxy S10+, une mise à jour de l’app Bixby m’a permis enfin de redéfinir nativement la fonction du bouton. Mais devinez quelle application reste hors d’atteinte ?

Google Assistant. pic.twitter.com/732k0E5vDp

– l’original Tweeter™️ (@dcseifert) 28 février 2019

Et même en tentant de contourner Bixby, il est pratiquement impossible de l’éradiquer totalement. L’interface One UI de Samsung reste profondément liée à ses propres commandes et notifications.

Qu’il ait fallu deux ans, et une série d’applications tierces contournées ou bloquées, pour en arriver là n’a rien de glorieux. Mais pour les utilisateurs Samsung Galaxy, mieux vaut une maigre avancée que le statu quo.

Peut-être Google finira-t-il, lui aussi, par offrir une vraie option de personnalisation. Avec assez de pression, il aurait sans doute fallu moins de temps à Samsung pour changer sa politique.

Le contraste entre Samsung et Google est frappant. Tandis que l’un fait un pas timide vers l’ouverture, l’autre verrouille ses portes.

L’ironie serait complète si la position de Google n’était que la conséquence du long refus de Samsung d’autoriser ce type de personnalisation.

Quand les boutons deviennent des obstacles

Blackberry KeyOne convenience key

L’histoire des boutons physiques additionnels ne commence pas avec Samsung, et ne s’arrête pas là non plus.

Depuis le DTEK50 jusqu’au Blackberry Key2, les téléphones Blackberry signés TCL proposent une touche de commodité qui, elle, peut s’adapter à presque toutes les envies de l’utilisateur. Sur la Key2, trois raccourcis sont disponibles de base, et il est même possible d’aller plus loin en exploitant les profils contextuels.

On peut aussi citer les boutons sensibles à la pression sur les téléphones HTC, qui ont inspiré la fonction Active Edge sur les Google Pixel. Edge Sense permet de déclencher plusieurs actions ou d’ouvrir d’autres applications, avec une bonne dose de personnalisation.

Google a intégré un accès rapide à Assistant sur le Pixel 2, puis renouvelé la formule sur la gamme Pixel 3. Problème : ces fonctions ne peuvent pas être modifiées nativement. Des solutions existent via des applis comme Tasker pour le Pixel 2, mais les modèles récents restent fermés à toute reconfiguration.

Connexe :Comment utiliser Google Assistant via votre casque d’écoute

Si l’on s’intéresse aux boutons dédiés à l’assistant vocal, le LG G7 ThinQ avait amorcé le mouvement, mais là encore, impossible de personnaliser leur comportement sans bidouiller. Cela s’annonce similaire pour les LG G8 ThinQ et LG V50 ThinQ.

Quant aux Google Pixelbook et Pixel Slate, ils disposent aussi d’un bouton Assistant. Lui non plus ne se laisse pas dompter, mais il est moins envahissant sur un clavier que sur un smartphone. Des rumeurs laissent entendre que Chrome OS pourrait un jour offrir plus de liberté, mais pour l’instant, rien de concret.

Le cas particulier du Xiaomi Mi 9 intrigue. On pourrait croire qu’il tombe sous le joug de la nouvelle politique « Assistant uniquement ». Pourtant, lors de nos tests, il s’est avéré possible de rediriger le bouton vers des fonctions MIUI basiques, comme l’activation de la lampe torche. Ce n’est pas encore la panacée, puisqu’on ne peut pas choisir n’importe quelle application, mais c’est déjà un pas.

L’autre modèle Xiaomi doté d’un bouton Assistant, le 5G Mi Mix 3, pourrait bien fonctionner de la même manière. Reste à savoir ce que réservent Nokia, Vivo et TCL. Le défi sera grand pour TCL, qui devra jongler entre le bouton Google Assistant et la touche de commodité Blackberry. Deux boutons ? Ou la disparition de la touche personnalisable ?

L’assistant, une aide parfois encombrante

LG G8 ThinQ Google Assistant button

Pour beaucoup, la présence d’un bouton Google Assistant, figé ou à peine configurable, n’a rien de rédhibitoire. Après tout, le bouton Bixby n’a pas dissuadé des millions de personnes d’acheter le Galaxy S8 ou le S9.

Il faut dire aussi que Google Assistant s’avère bien plus utile au quotidien que Bixby, ce qui atténue le sentiment de frustration.

Malgré les efforts de Samsung pour hisser son assistant maison, Assistant reste en tête grâce à son intégration profonde dans Android et un éventail de fonctions bien plus large, enrichi encore par les nouveautés du MWC 2019.

On ne le répétera jamais assez : avoir le choix reste préférable à l’absence totale d’options.

L’assistant de Google s’est aussi imposé dans l’univers connecté de la maison, via Google Home, alors que le Galaxy Home de Samsung attend toujours une date de lancement digne de ce nom.

Il y a fort à parier que Google ne voit pas dans le verrouillage des boutons un motif de mécontentement. Après tout, Assistant est désormais si intégré à Android et à l’écosystème Google qu’il est presque devenu une extension naturelle du téléphone.

Les gens s’appuient sur Google Assistant plus que jamais. #Android et @NokiaMobile ont créé un bouton dédié sur votre téléphone pour faciliter l’accès en déplacement, sur votre canapé et partout ailleurs. #MWC19#AndroidMWCpic.twitter.com/PYO5t66ErQ

– Android (@Android) 28 février 2019

Mais peu importe le degré de popularité d’Assistant ou le nombre d’utilisateurs qui ignorent allègrement la touche dédiée. Avoir une porte de sortie, même discrète, c’est toujours mieux que d’être enfermé dans un couloir sans issue.

Une décision qui, mine de rien, entame la relation jusque-là plutôt harmonieuse avec le fidèle assistant virtuel de Google.

Après tout, même le meilleur des amis peut devenir envahissant s’il ne respecte plus l’espace de l’autre. Assistant a longtemps joué ce rôle de partenaire fiable, disponible à tout moment, mais Google ferait bien de ne pas transformer cette proximité en enfermement. L’avenir dira si la voix des utilisateurs pèsera assez pour rouvrir les portes du choix.